Dernière sélection du prix des lectrices de Elle...

Publié le par Flora

Dernière ligne droite dans la grande aventure du prix des lectrices Elle :

voici mes impressions sur les trois derniers livres lus dans le cadre de ce prix.

 

Le document : Lila, être esclave en France et en mourir

de Dominique Torrès et Jean-Marie Pontaut , Fayard, collection documents, 256 pages

  

Lila, être esclave en France et en mourirCe document raconte une histoire vraie, celle de Lila, une jeune fille malgache qui « arrive en France à 14 ans pour servir de bonne à tout faire ». Les deux auteurs de ce livre, Dominique Torrès et Jean-Marie Pontaut, journalistes, ont tenté de retracer le trop court destin de Lila. Court, puisqu'elle va mourir dans des circonstances peu claires, près de quatre ans après on arrivée en France. Elle revient effectivement à Madagascar mais c’est pour mourir peu de temps après, malade et très affaiblie. Les auteurs dénoncent tout au long du livre cette nouvelle forme d’esclavage, en s’appuyant sur divers témoignages, recueillis en France mais aussi à Madagascar. Le livre est divisé en 16 chapitres, certains intitulés comme des feuilletons « Félix entre en piste », « dernier interrogatoire »… Les auteurs ont utilisé parfois quelques ficelles des romans policiers pour raconter ce document, mais ici malheureusement on comprend tout de suite qui sont les coupables…  

 

Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est le mélange entre le fait divers horrible, les procédures de justice, pas toujours aisées à comprendre, surtout lorsqu’elles touchent au droit international, l’histoire d'une famille brisée sur fonds de pauvreté sordide, bref un mélange d’ingrédients qui prend aux tripes.

La fin m’a laissée triste car le sort de Lila n’est pas réglé, ses tortionnaires n’ont pas vraiment été inquiétés, et après tous ces rebondissements, j’aurais aimé que le livre se conclue par une décision de justice qui condamne les coupables de la mort de Lila. Ce sera peut-être le sujet d’un deuxième livre, comme le suggèrent les auteurs. Dominique Torrès fut à l’origine de la création du comité contre l’esclavage moderne, elle est donc fort bien placée pour en parler.  

Le roman : Lark et Termite

de Jayne Anne Phillips, Christian Bourgois Editeur, 423 pages  

   

Lark et TermiteCe roman, curieusement intitulé « Lark et Termite », fait planer le mystère autour de ce titre pendant près de cinquante pages. Et puis, on découvre ce qui se cache derrière ces deux mots qui se révèlent être des prénoms, Lark étant une jeune fille douée pour la cuisine et très attentive à Termite, son jeune frère handicapé, surnommé ainsi par sa tante qui les a pris sous sa tutelle affectueuse. Ils sont frère et sœur mais n’ont pas le même père. Petit à petit, l’auteur dessine des parcelles du puzzle de cette famille et le tout s’assemble progressivement…

 

Curieuses atmosphères que celles présentées dans ce livre, puisqu’on plonge alternativement dans le chaos de la guerre en Corée du sud avec le soldat Leavitt (le père de Termite) puis dans la vie quotidienne d’une famille (« recomposée » dirait-on aujourd’hui) et pas si banale des Etats-Unis des années 60… Le livre s’ouvre d’ailleurs par un sombre épisode de cette guerre : l’armée américaine bombarde par erreur les siens ainsi que de nombreux civils vietnamiens fuyant les combats.

 

J’ai abandonné ce roman de 424 pages pratiquement vers la moitié parce que je n’arrivais plus à avancer et à trouver un intérêt à ma lecture. Certes, les passages qui évoquent le handicap de Termite sont touchants, l’auteur ayant à cœur de traduire ce handicap par des sensations physiques ou visuelles, sa joie de ressentir physiquement le bruit du train, l’effet magique des rouleaux de plastique bleu volant dans le vent… Mais d’autres passages qui évoquent la tante ou Lola, la mère des deux enfants, sont soit répétitifs, soit m’ont lassé.

 

L’ennui est le pire compagnon lors d’une lecture... Je regrette de n’avoir pas persévéré mais il m’a manqué un peu d’action, de suspense pour suivre le fil des évènements.  Je constate tout de même un texte plutôt riche, avec en toile de fonds l’Histoire avec un grand H, et des personnages malgré tout attachants.

 

Sur dailymotion, ici, une interview très intéressante de l'auteur, à propos de son livre...

 

Le policier : Un pied au paradis

de Ron Rash,  Editions du Masque, 350 pages 

 

 

Ron Rash réussit un premier roman très tendu, qui se déroule aux Etats-Unis, peu après la seconde guerre mondiale. Holland, qui a bataillé lors de la guerre de Corée (et qui continue encore de batailler dans des bars) disparaît mystérieusement. Le shérif du comté enquête et c’est d’abord sa version qui est donnée, celle d’un homme passionné par ses enquêtes mais meurtri par une vie de famille ratée. Puis c’est la version d’Amy, la femme de Billy. Une jolie fille simple et sans histoire, mais qui ne peut enfanter. Son mari raconte ensuite sa version des faits puis ce sera au tour de leur enfant.  Enfin, l’adjoint du shérif s’exprimera à son tour. Un même évènement est raconté par différents points de vue et chacun l’éclaire à sa façon : procédé très intéressant et qui maintient en haleine le lecteur car avec chaque narrateur, une partie de l’histoire est dévoilée.

 

Nullement ennuyeux, ce procédé nous permet de considérer le point de départ sous un angle à chaque fois différent. Lorsque l’auteur retranscrit le mode de pensée d’Amy puis de Billy, on se coule dans leurs modes de pensée singuliers, une langue pleine de familiarités mais avec beaucoup de bon sens pour la jeune femme, de simplicité pour le jeune homme. Ron Rash nous permet de plonger également dans leurs souvenirs d’enfance, souvent marquants, voire traumatisants. Ce sont des êtres qui bataillent mais qui sont fragiles aussi, que la vie n’a pas forcément gâtés ni épargnés. Au final, un roman fort, sans fioritures, que l’on dévore d’une traite, tant le rythme est soutenu et intense. Brillant !  

Publié dans L'attrape-livres

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zarline 29/04/2010 17:01


C'est marrant, pour Lark et Termite, j'ai au contraire trouvé les passages de Termite ennuyeux par rapport au reste du livre.