En route ! vers la soie et vers soi…

Publié le par Flora

La semaine dernière, après avoir sauté de livre en livre sans m’attacher à un titre en particulier, j’ai commencé un récit de voyage, Longue Marche, que j’ai un peu laissé tomber… jusqu’à ce que je le reprenne et ne puisse m’en passer. Bien m’en a pris car avec ce livre, j’ai voyagé aux côtés de l’auteur, partagé ses doutes, ses bonheurs, ses rencontres. En 1999, Bernard Ollivier, journaliste, se met en tête d’effectuer le parcours de la célèbre route de la soie, à l’âge de la retraite. Trois livres sont parus, relatant cette expédition, découpée en quatre étapes. J’ai parcouru avec joie le premier tome, qui décrit le début de la marche, depuis Venise puis Istanbul, vers les magnifiques paysages de la Turquie jusqu’à la frontière iranienne.

Le démarrage de l’aventure est un peu rude car Bernard Ollivier doit adapter ses pieds à ses chaussures de marche -à moins que ce ne soit l’inverse- et s’habituer un porter un lourd sac à dos… Mais petit à petit, il prend de l’aisance et peut facilement faire des journées de 35 à 45 kilomètres, cherchant toujours sur sa route des villages où il cherche (sans difficulté) à se faire héberger ou des petites bourgades dotées d’hôtel où il peut se relaxer.

« Qu’est-ce donc qui me pousse toujours plus loin ? Le bon sens et la prudence me commandaient de m’arrêter. Je m’en veux. Mais je ne peux m’en défendre. Encore un effort, toujours plus loin, je ne sais pas me retenir, comme si l’élan initial était incontrôlable. Je suis très critique à mon propre égard sur ce problème, et toujours ma première victime. Quelle est cette furieuse envie de marcher, marcher encore qui me pousse ? Vanité, orgueil, volonté de tester ma résistance, de battre je ne sais quel record ? A vrai dire, je n’ai pas de réponse satisfaisante. Mais je connais bien ce sentiment, depuis que je pratique la course à pied, c’est-à-dire une vingtaine d’années. » (page 84)

En Turquie, l’hospitalité n’est pas un vain mot et relève de la culture nationale. Bernard Ollivier est invité partout où il arrive. En tant qu’occidental, il attise la curiosité, parfois l’envie, de gens pauvres, rendus peureux par la situation politique difficile (à l’époque, les kurdes sont en conflit ouvert avec les Turcs).

Ce récit est extraordinaire car Bernard Ollivier nous convie à saisir les instants magiques de son voyage. Il décrit les hommes et femmes qu’il rencontre et qu’il aime à photographier (pour leur envoyer les clichés plus tard). Au début du récit, le narrateur croise un bûcheron, qui se révèle amateur de philosophie (l’un n’exclut pas l’autre mais vous avouerez que ce type de rencontre n’est pas habituel !). Bernard Ollivier parle aussi de ses ennuis de santé, de la peur, causée par les agressions d’hommes ou d’animaux, dont il se sort par la ruse ou la chance.

« Le voyageur solitaire porte la peur dans son bagage. Elle s’insinue sans bruit dans le silence de la forêt ou de la nuit, elle est d’abord présente dans chaque rencontre. Marcher seul, sac au dos, c’est se livrer entièrement aux dangers et aux hommes. Il n’y a nulle possibilité de fuite comme avec un vélo, ou d’abri comme avec une voiture. Jusqu’ici, l’appréhension était restée blottie, honteuse, dans mon sac. Chaque jour, chaque rencontre était une fête. Et voici que la peur arrive, insidieuse, rampante. » (p. 165)

Il tient admirablement ce journal de bord et nous tient lié à son récit qui recèle un vrai suspense, tant parfois les situations dans lesquelles il s’est empêtré sont critiques. A certaines reprises, sa vie est en jeu.  Un très beau récit, où l’humanité jaillit à chaque page.

Longue marche : à pied de la méditerranée jusqu’en Chine par la route de la soie – tome 1 : traverser l’Anatolie, Bernard Ollivier, Phébus, 328 p

Sur le site de Calou, une interview de l’auteur, très intéressante

Publié dans L'attrape-livres

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