Pour les amateurs de chair artistique : Clara et la pénombre de José Carlos Somoza

Publié le par Flora

J'avais gardé en tête l'idée de lire ce roman un peu volumineux (647 pages tout de même), Clara et la pénombre, de José Carlos Somoza car lorsqu'on me l'a conseillé, j'étais accaparée par le prix des lecteurs de l'express (expérience fort intéressante mais un peu frustrante : nulle possibilité pour moi, lectrice infatiguable mais limitée dans et par le temps, de lire autre chose que les livres prescrits mensuellement, à quelques exceptions près), et d'ailleurs les inscriptions des lecteurs sont ouvertes pour le prochain prix (j'y reviendrai). J'avais donc dû repousser ce désir de lecture pour plus tard, plus précisément l'été dernier pour dévorer ce gros opus, dont je ne savais pas grand chose, et surtout pas que l'opus relevait de la science-fiction,  nimbée de réalisme certes, mais aussi du roman policier ou encore de l'essai. Le choc fut donc au rendez-vous, et ce, dès les premières pages ! (Lisez-les et vous comprendrez ce que je veux dire). Clara et la pénombre est un livre original, bizarre, curieux. C'est une drôle d'expérience. L'auteur développe tout son récit autour de l'art, notamment pictural. Il décrit un monde où les oeuvres d'art sont d'authentiques personnes humaines, qui revêtent des peintures spécifiques et posent durant un laps de temps parfois très long. La jeune Clara qui donne son titre au roman appartient à la catégorie des tableaux féminins : elle sert de support aux désiratas de différents artistes, dont certains sont très renommés.  

Clara et la pénombre

Son but ? Etre sélectionnée par un artiste reconnu, comme Van Tysch, ce qui augmentera sa valeur marchande et artistique. A l'inverse, les oeuvres d'art ne pouvant servir de modèles peuvent devenir des "décorations" et sont louées à la journée. Certains servent de table ou de luminaires, et même parfois de cendriers. Evidemment, cet univers très particulier est troublant pour le lecteur car de nombreuses similitudes avec notre société sont pointées par l'auteur. Le marché de l'art avec ses surenchères monétaires, le trafic d'oeuvres d'art ou d'êtres humains, les relations ambigües des modèles avec les artistes... Constamment, Somoza se joue de ces deux mondes qui se juxtaposent, le réel (d'autant plus que l'action se déroule de nos jours) et l'imaginaire. Cela prend bien au départ, mais c'est un peu lassant sur la fin, même si les techniques du roman policier permettent d'avancer dans le récit et qu'une certaine tension sous-tend l'ensemble. Au final, j'ai trouvé l'idée du roman ébouriffante et intéressante mais je me suis rapidement ennuyée dans cet univers factice, où de multiples détails répétitifs ont eu raison de ma patience. Je recommande toutefois ce livre aux amateurs de chair artistique ou d'expérience livresque unique.

 

Clara et la pénombre, de José Carlos Somoza, traduction de Marianne Millon, Actes Sud, collection Babel, n° 669, décembre 2004, 12€50

Publié dans L'attrape-livres

Commenter cet article