Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 18:43

En pleine canicule, une jeune femme, Blanche, débarque dans la maison de retraite des Roses pour y animer un atelier d’écriture, afin d’insuffler un peu de mouvement dans la vie de vieilles personnes pétries d’habitudes. Un petit groupe de huit participants se forme autour d’elle. Leurs souvenirs et bribes de vie affluent car « l’idée… est d’écouter l’histoire que raconte chacun de vous« . L’auteur évoque peu les consignes ou jeux d’écriture propres à ce type d’atelier. Elle se focalise plutôt sur la parole des résidents, Blanche relatant ce que les participants évoquent au fil des séances :

« Nous sommes entrés dans un chapitre qui devient intime, je suis d’accord avec vous, Stan, et Renée l’a ouvert sans nous prévenir. Mais ça fait partie des surprises d’un atelier. J’ai demandé un exercice de mémoire, il faut voir ça aussi. De mémoire, pas d’invention. Vous avez parfaitement entendu, Renée a affirmé qu’elle avait fermé la porte sans regrets, une valise dans chaque main, laissant son assureur de mari et leurs deux filles endormis ».
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Comme Renée, une des figures ayant le plus de relief (une ancienne libraire, certainement accorte), nous croisons dans ce roman plusieurs personnages attachants, dont les trajectoires rejoignent la grande histoire. Parallèlement, l’auteur alterne des chapitres plus sensuels, car la fraîche et douce Blanche, un peu paumée aussi, vit une relation physique intense avec « un quasi-inconnu ». Le roman aurait pu en rester là et devenir un recueil des souvenirs de huit comparses plutôt âgés. Mais la deuxième partie est plus inattendue : la bande de vieux se fait la malle en kidnappant Blanche…

J’ai apprécié la fantaisie et le charme de ce roman, même si mon attention s’est relâchée au fil du livre. J’ai été moins séduite par la deuxième partie, beaucoup moins réaliste que la première. Et la façon dont l’auteur retranscrit la parole des petits vieux, par l’intermédiaire de Blanche qui répète patiemment ce qu’elle entend, à l’instar d’une accoucheuse de mots (parfois de maux), m’a un peu agacée. Cependant, l’écriture est ciselée, pleine de trouvailles, parfois poétiques.  Une belle humanité se dégage de l’ensemble, un amour de la vie aussi. Je le conseille donc, même si l’ensemble manque un peu de rythme, à mon goût.

« On ne rouille pas de vieillesse, on ne se ratatine pas parce qu’on manque de sommeil, de soupe ou de couverture chauffante ! On rouille de la fuite du désir. »

PS : le titre -génial mais qui peut faire peur- reprend une phrase d’une interview de l’artiste François Morellet 

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, Viviane Chocas, Editions Héloïse d'Ormesson, 174 pages, 17 €

Editions Héloïse D'Ormesson

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  Reçu et lu dans le cadre du

  coup de coeur des lectrices  Fémina :

  merci à Femina !


 

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 22:02

Quelle petite merveille que la dernière BD de Joann Sfar ! C'est un mélange d'histoire, de philosophie, d'érotisme délicat sans oublier l'humour ravageur du dessinateur qui saupoudre l'ensemble. Après une entrée en matière qui nous introduit dans l'horreur du  lumieres france-4 commerce triangulaire, nous découvrons, après le choc de quelques dessins où l'esclavage est évoqué dans toute sa brutale horreur, la frivole comtesse Eponyme en plein rêve érotique, accompagnée de sa petite chienne prénommée Fragonarde, et entourée d'une armée d'éléphants roses... Plus tard, nous la retrouvons, se prélassant dans l'herbe, en train d'écrire langoureusement son journal intime qu'elle lit à haute voix pour que sa chienne en profite, celle-ci ne manquant ni d'esprit ni d'à propos. Non loin de là, dans les cuisines, s'active un bel italien, Oracio, qui la fait follement fantasmer (la comtesse, pas la chienne, quoique on pourrait se demander qui est la plus animale des deux !) tandis que le comte veut dénoncer l'esclavage par un pamphlet, menaçant de se couper l'herbe sous les pieds puisque tous ses revenus sont issus de ce détestable commerce...      

Les Lumières de la France sont une série qui démarre tout juste, deux tomes devraient suivre celui-ci, nous indique la dernière page de couverture. Nous saurons donc alors ce que devient le petit garçon noir dont nous suivons les aventures au tout début de la BD et qui disparait - de but en blanc oserais-je écrire- pour laisser toute la place à la comtesse.

sfar 1-copie-2J'ai adoré cette BD, les dessins remplis de détails et de petites bêtes, insectes, vers de terre et autres bestioles issus de l'imagination débordante de Joann Sfar. Les couleurs de Walter sont magnifiques et correspondent aux différents transports, parfois amoureux, souvent volages, de la comtesse. Et quel ton, quelle liberté dans les dialogues comme dans les sujets abordés ! Passer de l'exclavage au libertinage, il fallait oser, tout comme les lubies que ces personnages issus du siècle des Lumières mettent en scène... Vivement la suite ! Et merci à Caroline de m'avoir donné envie de lire cette BD, sur l'excellent blog collectif des 8 plumes !

Les lumières de la France, tome 1, la comtesse Eponyme,  Dargaud, 64 pages, 14 € 

 

Par Flora - Publié dans : L'attrape-BD
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 17:02

 

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Parfois, au hasard de mes pérégrinations dans les différentes bibliothèques que je fréquente, il m'arrive de lorgner du côté de la littérature dite "pour les adolescents" et souvent je fais de bonnes rencontres*. Comment (bien) rater ses vacances en fut une, et je peux même la qualifier d'excellente !

 

D'abord, j'ai beaucoup souri et aussi ri franchement devant les aventures de Maxime, cet adolescent évidemment immature, qui se réjouit d'aller passer ses vacances chez sa mamie. Maxime Mainard est un jeune homme charmant mais solitaire, bourré d'un humour hautement ironique et possèdant une chevelure digne de ce nom : "J'ai horreur qu'on touche à mes cheveux. Bouclés, noirs, longs et plein de noeuds : c'est la seule petite ressemblance que j'aurai jamais avec Jimi Hendricks. Alors je la cultive, si vous permettez".  Sur un certain réseau social, dénommé ici "SpaceBook®", Maxime sévit sous le pseudo de Professeur Moriarty (en référence à Sherlock Holmes), comme bon nombre d'adolescents aujourd'hui :  "Heureusement, il reste Internet, source inépuisable de distractions bon marché". 

 

Ses vacances ne vont pas se dérouler comme prévu, loin de là ! Ses parents partis randonner allégrement en Corse sur le GR20, sa petite soeur casée en colonie de vacances avec sa meilleure copine, Maxime pense se faire dorloter par sa mère-grand, entre son ordinateur et de bonnes crêpes à la confiture maison. Mais au lieu de passer son temps à surfer sans arrêt comme il l'avait prévu, il devra affronter, seul et sans appui, la dure réalité, la vraie : la crise cardiaque dont va être victime sa grand-mère. Heureusement qu'elle habite près du Kremlin-Bicêtre, cela va leur faciliter la tâche, quoique...  

 

Extrait de la correspondance imaginaire de Maxime :

"Chers parents,

Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J'espère que vous êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse.

Sinon, moi ça va, j'ai mangé Hector [le chat de sa mamie] mais pas tout d'un coup, j'en ai congelé un bout pour le mois prochain. Heureusement que j'ai l'eau-de-vie de Mamie, ça m'aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m'envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c'est l'heure de ma piqure d'héroïne. Gros bisous, votre fils-aimé, Maxime".

 

Vous l'aurez compris, ce roman d'initiation est jubilatoire ! Maxime, pas encore dégrossi, va devoir se débrouiller tout seul face à des situations un petit peu compliquées pour son âge et il s'en sort très bien, l'humour lui servant souvent de sésame, y compris dans les moments de grand blues. Ces vacances un peu ratées le feront grandir en accéléré mais également en société, lui qui avait tendance à se recroqueviller sur ses acquis...  

  

La plume d'Anne Percin est vive, alerte et m'a fait marrer d'un bout à l'autre. Beaucoup de trouvailles linguistiques, de jeux de mots et de rythme dans ce récit irrésistible ! Les essais de Maxime en matière de cuisine sont tout simplement magnifiques (cf l'épisode des oignons, à faire pleurer de rire... oui je sais c'est facile). Un roman pour ado, certes, mais aussi pour toutes les autres tranches d'âge. Si vos vacances (avec ou sans ado) semblent compromises, alors emportez ce livre (et tout ne sera pas perdu)... 

    

Comment (bien) rater ses vacances - Anne Percin, Editions du rouergue,  collection doAdo, 185 pages, 11.50 €

 

* Surtout si les livres en question font partie de la sélection du prix littéraire des adolescents de la ville d'Angers "j'ai lu j'élis" : ici aussi

 

Si vous voulez lire le premier chapitre, c'est ici.

Site de l'auteur : another brick in the wall  et résumé de son livre ici

Des avis d'autres lecteurs et une vidéo où l'auteur s'exprime sur ce livre sur Babelio : ici

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 15:07

En se rendant à un cocktail plutôt mondain, le genre de lieu qui l'insupporte, Jean-Pierre Otte discute avec un de ses lecteurs, Medhi, qui l'invite à découvrir son cercle de lecteurs dans le haut Quercy, à Lespinas. Jean-Pierre Otte n'hésite pas longtemps : la suite sera l'objet de ce livre étonnant et savoureux. Etonnant car bourré de références livresques et composé de discussions philosophiques, savoureux parce que Jean-Pierre Otte truffe son récit d'anecdotes et de réflexions diverses et variées.

 

9782260015130Jean-Pierre Otte est un entomologiste de qualité doublé d'un poète. Et c'est avec étonnement que j'ai découvert sa production livresque classée autour de cinq catégories sous un titre commun : « genèse de l'amour » : « les fables de l'enfance », « l'amour au naturel », « les matins du monde », « les essais d'ouverture », « la vie personnelle ».

 

Pour revenir à Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes, dans cette sorte de melting pot insolite, tout se partage et se télescope : les poignées de châtaignes, les verres de vin* mais aussi les idées, les souvenirs ou encore les impressions. Si chacun se livre, directement ou indirectement, au gré de ses lectures ou de sa vie, Jean-Pierre Otte n'en perd pas une miette ! Il choisit fort opportunément de relier ce cercle avec ses propres réflexions sur le monde. Ainsi, les vingt chapitres, aux titres succulents (« stratégie de la tique », « téléportation », « la vie aventureuse avec une tante »...) agissent comme des ricochets : chacun renferme de petits trésors, rencontres dues au hasard, pensées de l'auteur, reliées ou non à d'autres, le fil directeur restant le cercle de lecteurs. Et puis, Jean-Pierre Otte sait nous rendre attachants certaines personnalités de ce cercle, même si leur manies ou habitudes pourrait les rendre antipathiques. Il s'étonne parfois, mais ne juge jamais, toujours bienveillant avec autrui. J'ai moins aimé certains passages, trop philosophiques à mon goût, mais j'ai adoré l'ensemble, et relevé quelques livres qui m'intéressent (notamment les enfants de la violence de Doris Lessing). Un­e liste des « livres cités au gré des pages » est d'ailleurs disponible pour celui qui n'aurait pas noté certaines références, ainsi qu'une liste des « mets dégustés », car les nourritures terrestres ne sont pas des denrées moindres dans cette histoire. Pour les amoureux des livres, mais aussi pour les autres, à découvrir absolument !

 

Merci à Véronique de m'avoir envoyé ce livre, chroniqué aujourd'hui même sur le blog des 8 plumes

 

* Parmi les vins cités, le célèbre coteaux-du-layon, un des vins magnifiques du Maine-et-Loire, où je réside.

 

Extraits :

« Lespinas devenait pour moi comme un centre du monde à partir duquel, mes pensées vagabondes s'en allant et s'en revenant en nuées d'oiseaux, se dénouaient des cercles tantôt concentriques, tantôt excentriques ». (page 88)

 

« Victor, à qui on avait fait le compliment de son vin chaud aux épices, et qui se sentait valorisé et en veine de parler plus que de coutume, estima qu'un livre est parfois comme un ami qui nous comprend de l'intérieur et avec lequel nous avons le sentiment de dialoguer. C'est une figure devenue familière, fidèle, plus vraie que nature, capable de douter, de pâtir et de vouloir, un ami qui pourrait aussi bien devenir un ennemi intime, un confident ou un souffre-douleur. » (page 145)

 

L'écrivain est un lieu où les choses se passent sous les apparences. Un lieu de fermentation, de réflexion, de transformation. Ce que l'écrivain produit, comme le vin, ne s'adresse pas à la seule réalité économique, politique, sociale ou sportive, mais à l'être tout entier dans ses réalités permanentes les plus complémentaires. L'écrivain comme le viticulteur travaille aussi bien à susciter l'ivresse qu'à rendre habitable ce monde et à rendre habitable cet univers particulier que nous portons, diversement, chacun en nous-même." (page 178) 

 

 

Site de Jean-Pierre Otte et Myette Ronday "plaisir d'exister" : extraits, peintures...

 

Un cercle de lecteurs autour d'une poignée de châtaignes, Jean-Pierre Otte, Julliard, 253 pages, 2011, 19 €

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 21:09

Le point de départ de ce roman, c'est une photographie exhumée des archives familiales par Hélène, sur laquelle se trouve sa mère, en compagnie de deux autres personnages. Son père et sa belle-mère ne lui ayant jamais parlé d'elle, Hélène ignore donc tout de celle-ci. Elle décide de publier cette photo dans un journal pour identifier les personnes et tenter de reconstituer ainsi l'histoire de cette figure maternelle, « la part manquante de [son] histoire ». Stéphane lui répond qu'il reconnaît son père et c'est le début d'une longue enquête par lettres interposées. Petit à petit, Hélène et Stéphane assemblent les pièces de leurs puzzles familiaux respectifs et le lecteur assiste avec eux à l'éclosion de la vérité, comme dans un roman policier. Les photographies ont un rôle crucial dans cette quête car c'est à partir d'elles que les deux protagonistes émettent des hypothèses, ce qui peut s'avérer douloureux :

« Oui, nous voici promus au rang d'archéologues familiaux, et cette situation n'est pas des plus confortables, même si l'on se prend au jeu, de temps en temps ».

Eux sur la photo

 Ce que découvrent avec avidité mais aussi avec effroi Hélène et Stéphane, c'est ce que cachaient les silences et non-dits de leurs entourages. En s'éclairant mutuellement, la vérité se présente doucement à eux, et parallèlement, eux-mêmes se dévoilent l'un à l'autre.

Moi qui adore les romans épistolaires, ici je suis servie : ces deux quarantenaires s'envoient surtout des lettres mais aussi des courriels, des SMS, ce qui les rend proches de nous. Ils s'appellent et se rencontrent également, selon l'urgence qu'ils ont à se répondre ou se voir, mais nous n'avons pas accès à ces échanges « réels », l'auteur préférant en rendre compte dans leurs écrits, filtrant ainsi leurs émotions au tamis de l'écriture.

J'ai trouvé ce premier roman très réussi, par l'écriture très belle, par la finesse et l'étendue des sentiments présentés, par cette quête des origines parsemée de découvertes. Une belle découverte, rendue possible par le club de lecture que j'ai lancé à mon travail : merci Louise de me l'avoir fait découvrir !  

Eux sur la photo, Hélène Gestern, Arléa, 273 pages, 19 €

Site de l'auteur 

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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 14:28

L’idée de départ de cette BD ressemble à une émission de télé-réalité où les gens échangent leur métier. L’échange provoqué est bien souvent factice, et la réciprocité nulle. Etienne Davodeau, lui, a eu envie de proposer à un vigneron de mettre en images leurs échanges autour de leurs professions respectives. Cet album, Les Ignorants, a ainsi été élaboré durant une année pendant laquelle l’auteur s’est initié au vin, avec ce vigneron atypique d’Anjou, Richard Leroy (lisez la BD et vous ne résisterez pas à la tentation de goûter sa production). Parallèlement, Etienne Davodeau a présenté au vigneron novice en bande dessinée les différentes facettes de son métier, ce qui explique que cette BD porte ce sous-titre : « récit d’une initiation croisée ».

 

Tout au long de l’album, nous découvrons ainsi les différentes étapes de la fabrication d’un vin filtrées par l’expérience vécue de Davodeau qui les a simultanément pratiquées : taille, décavaillonnage, ébourgeonnage… Évidement, l’auteur s’attarde aussi sur la biodynamie que pratique Richard Leroy et qui fait partie intégrante de sa vinification, ce qui donne des passages hilarants dans lesquels le néophyte s’étonne de certaines pratiques (cf. le chapitre 6, « éloge de la bouse »). L’aspect commercial n’est pas oublié, loin de là, car une fois les vicissitudes de la vigne dépassées, il convient ensuite de vendre le précieux nectar. Le côté relationnel est alors primordial, et lorsque certains professionnels se déplacent à la propriété pour goûter la production, cela peut avoir de grosses conséquences (voir le chapitre 8 dans lequel un collaborateur de Parker est attendu par le vigneron).

 

A son tour, Richard Leroy découvre, parfois avec perplexité, l’élaboration d’un album, une imprimerie, le métier d’éditeur, ou encore deux festivals d’importance dans le monde de la BD : Quai-des-bulles à St Malo et Bastia où nos deux compères allient la découverte de quelques planches à la dégustation de vins corses. Davodeau introduit également le vigneron d’Anjou à quelques confrères et pas des moindres, Marc-Antoine Mathieu ou encore Jean-Pierre Gibrat, pour ne citer qu’eux.

 

Au départ, on s’amuse des différences que les deux personnages débusquent au hasard de leurs pérégrinations mais finalement les deux compères trouvent souvent des similarités entre leurs deux occupations, ce qui rend leur rencontre toujours surprenante. Et puis, j’ai souvent ri des réparties que se lancent nos deux néophytes, l’humour est certainement une des valeurs fortes de ce livre, en plus du côté pédagogique du dessinateur, lorsqu’il détaille le travail fastidieux dans la vigne qui aboutit à la curieuse alchimie contenue dans le verre de  vin lui-même.

En suivant pas à pas ces personnages, on a envie de déguster les divers livres évoqués et de lire tous ces vins qui nous font saliver ! Et d’ailleurs, tout à la fin du livre, une bibliographie « BU LU » nous permet d’associer les deux univers et de continuer à débusquer de belles découvertes. A goûter sans modération !

 

Les Ignorants, récit d'une initiation croisée, Davodeau, Futuropolis, 2011, 247 pages, 24€50

 

Site d'Etienne Davodeau

De nombreux blogs évoquent cette BD, notamment les blogs oenophiles : Oenos, Olif, et la pipette aux 4 vins...

 

Cette chronique a aussi été publiée sur le blog collectif les 8 plumes dont je fais partie... N'hésitez pas à aller y faire un tour !

Par Flora - Publié dans : L'attrape-BD
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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 11:09

J'avais gardé en tête l'idée de lire ce roman un peu volumineux (647 pages tout de même), Clara et la pénombre, de José Carlos Somoza car lorsqu'on me l'a conseillé, j'étais accaparée par le prix des lecteurs de l'express (expérience fort intéressante mais un peu frustrante : nulle possibilité pour moi, lectrice infatiguable mais limitée dans et par le temps, de lire autre chose que les livres prescrits mensuellement, à quelques exceptions près), et d'ailleurs les inscriptions des lecteurs sont ouvertes pour le prochain prix (j'y reviendrai). J'avais donc dû repousser ce désir de lecture pour plus tard, plus précisément l'été dernier pour dévorer ce gros opus, dont je ne savais pas grand chose, et surtout pas que l'opus relevait de la science-fiction,  nimbée de réalisme certes, mais aussi du roman policier ou encore de l'essai. Le choc fut donc au rendez-vous, et ce, dès les premières pages ! (Lisez-les et vous comprendrez ce que je veux dire). Clara et la pénombre est un livre original, bizarre, curieux. C'est une drôle d'expérience. L'auteur développe tout son récit autour de l'art, notamment pictural. Il décrit un monde où les oeuvres d'art sont d'authentiques personnes humaines, qui revêtent des peintures spécifiques et posent durant un laps de temps parfois très long. La jeune Clara qui donne son titre au roman appartient à la catégorie des tableaux féminins : elle sert de support aux désiratas de différents artistes, dont certains sont très renommés.  

Clara et la pénombre

Son but ? Etre sélectionnée par un artiste reconnu, comme Van Tysch, ce qui augmentera sa valeur marchande et artistique. A l'inverse, les oeuvres d'art ne pouvant servir de modèles peuvent devenir des "décorations" et sont louées à la journée. Certains servent de table ou de luminaires, et même parfois de cendriers. Evidemment, cet univers très particulier est troublant pour le lecteur car de nombreuses similitudes avec notre société sont pointées par l'auteur. Le marché de l'art avec ses surenchères monétaires, le trafic d'oeuvres d'art ou d'êtres humains, les relations ambigües des modèles avec les artistes... Constamment, Somoza se joue de ces deux mondes qui se juxtaposent, le réel (d'autant plus que l'action se déroule de nos jours) et l'imaginaire. Cela prend bien au départ, mais c'est un peu lassant sur la fin, même si les techniques du roman policier permettent d'avancer dans le récit et qu'une certaine tension sous-tend l'ensemble. Au final, j'ai trouvé l'idée du roman ébouriffante et intéressante mais je me suis rapidement ennuyée dans cet univers factice, où de multiples détails répétitifs ont eu raison de ma patience. Je recommande toutefois ce livre aux amateurs de chair artistique ou d'expérience livresque unique.

 

Clara et la pénombre, de José Carlos Somoza, traduction de Marianne Millon, Actes Sud, collection Babel, n° 669, décembre 2004, 12€50

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 21:02

Après le monde des pirates (Isaac le pirate), celui des cow boys pas forcément solitaires (Gus) ou encore celui des hauts fonctionnaires, un autre repaire de flibustiers (Quai d’Orsay), Christophe Blain nous fait désormais goûter aux plaisirs culinaires et pas n’importe lesquels : ceux que mijote un des plus grands chefs français actuels, Alain Passard. Transcrire les coulisses d’un grand restaurant dans une bande dessinée, il fallait oser ! Mais Christophe Blain réussit son pari de mitonner des dessins aux petits oignions. Il faut dire que le grand chef, Alain Passard, est un personnage extraordinaire. Par petites touches, le dessinateur recueille des instantanés de la vie d’une brigade, au moment du coup de feu mais pas seulement. L’élaboration d’un plat est le moment propice aux confidences autour du piano du grand chef.

 

Christophe Blain contourne les clichés habituels et nous régale d’images pour le moins décalées sur ce métier de haute voltige culinaire : non, Monsieur Passard n’élève jamais la voix, oui, il compose ses plats en partant des couleurs de ses produits, comme un peintre devant sa palette. Et pour pimenter l’exercice, plusieurs recettes, avec moult précisions, s’intercalent avec les planches, afin que si l’envie nous venait de les réaliser, nous ne soyons pas trop perdus ! L’album de BD devient alors recueil de recettes, ou vice versa. Le regard du dessinateur sur le travail du cuisinier est toujours admiratif mais aussi souvent amusé par ce drôle de personnage qui porte la perfection jusqu’à effectuer des dégustations de légumes issus de ses trois potagers. La plupart des recettes sont bluffantes par leur (apparente) simplicité. Un peu comme les dessins de Christophe Blain : cela semble facile mais le style est réellement inimitable. Le parti pris d’effacer les cadres habituels de la bande dessinées peut dérouter mais rajoute à l’originalité du projet. J’oubliais de souligner l’humour qui lie l’ensemble et la messe est dite : il ne vous reste plus qu’à dévorer cette BD gouleyante !

En cuisine avec Alain Passard, Gallimard, 96 pages, 17 €

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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 21:35
Ce petit livre est une découverte intéressante, mais pas captivante, de la rentrée littéraire. Inverno, c'est un roman offrant plusieurs narrations reliées entre elles par un personnage récurrent nommé laconiquement "L." qui, entre deux gares, promenant son petit garçon, évoque ses souvenirs, épars et mélangés. Les voyages en train favorisent assurément la remontée de  pensées inverno.jpgliées au passé. La plupart des souvenirs de L. convergent vers Bérengère, la mère de sa meilleure amie Laurence : c'est cette figure de femme-enfant qui émerge dans Inverno et prend presque toute la place. En filigrane du parcours de Bérengère, d'autres scènes prennent place, sans qu'il y ait de réelle logique narrative entre elles. Nous ne savons que peu de choses, quelques bribes évoquées ici ou là. L'avantage avec ce type de récit, c'est qu'on peut se laisser porter par le style et l'écriture, très délicats, sensibles et presque fragiles par endroits. L'inconvénient, c'est que l'ensemble reste un peu flou et on peut se perdre ! Mais peut être est-ce le souhait de l'auteur ? Je recommande donc ce livre aux rêveurs mais je le déconseille à ceux qui aiment suivre un personnage de A jusqu'à Z ! 

Sur le site d'Actes Sud, une vidéo de l'auteur qui présente son livre.

Inverno, d'Hélène Frappat, Actes Sud, collection "un endroit où aller", 140 pages, 16 euros
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Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 21:07

Clara Dupont-Monod a écrit en 2007 un joli livre très remarqué la Passion selon Juette, court mais superbe roman qui se déroulait au moyen âge.  Elle propose pour cette rentrée littéraire un nouveau roman, Nestor rend les armes, au cadre plus contemporain

 Nestor est un homme obèse qui se rend souvent à l'hôpital.  Qui est cet homme ? Et que cache-t-il derrière sa lourde  silhouette ? Petit à petit, une femme médeçin, Alice,  s'intéresse à lui.

 "Parfois il se disait que les émotions ne pouvaient plus  atteindre son coeur à cause des barrages de graisse à  franchir. Alors, pensait-il, il valait mieux ne pas maigrir. Il  serait terrassé par une rafale d'émotions enfouies dans ses  plis. Il était une boîte fermée"   

 Au départ, l'entrée en scène de Nestor est un peu  mystérieuse,  puisque l'auteur ne nous en donne pas toutes  les clés d'accès.  Progressivement, des pans de son passé  sont dévoilés et  forment un ensemble étonnant. Mais au  départ, j'ai trouvé le personnage de  Nestor presque  transparent tellement il me semblait creux et sans intérêt. Heureusement, l'écriture, très ciselée et travaillée, compense le  peu d'action et cette espèce de vide mais en même temps elle m'a aussi apparu froide et comme dénuée de sentiments. Parfois, je l'ai trouvé décousue, comme si l'auteur rajoutait  certains détails qui contredisaient ce qui était  énoncé auparavant. Et puis, l'auteur s'est plu à imaginer trois fin à cette histoire. Je n'en ai préféré aucune, goûtant peu cet exercice de style.Au final, une lecture un peu décevante. 

Nestor rend les armes, Clara Dupont-Monod, Sabine Wespieser Editeur, 117 pages, 15 €

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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