Vendredi 23 octobre 2009

J'ai lu l'année brouillard de Michelle Richmond dans le cadre du prix des lectrices Elle. Ce livre ne me serait pas parvenu sans ce prix... Et j'aurais gagné quelques heures à lire autre chose de plus intéressant à mes yeux !

prixdeslectricesELLE
Vous l'avez compris, ce livre m'a moyennement intéressée. Pourquoi ? D'abord parce que c'est un gros pavé et que cela m'a semblé un peu long, disons entre la première centaine de pages et la fin... 

De quoi s'agit-il ? L'année brouillard raconte l'histoire d'Abby, une jeune femme amoureuse de Jake, séparé de sa femme et père d'une petite fille de 6 ans, Emma. Au cours d'un week end, Abby s'occupe seule d'Emma, son père étant absent. Et le drame survient : Emma disparaît brusquement... 

Abby se met à chercher Emma sans prendre le temps de souffler... Elle participe aux recherches de façon plus qu'intensive : en distribuant des tracts, en visitant des lieux divers et variés, en prospectant sans discontinuer... Forcément, elle se sent coupable et tandis que ses liens amoureux avec Jake disjonctent, plus rien ne compte que retrouver Emma. 
Au début, en lisant le résumé, je pensais que le livre avait été écrit à la manière d'un roman policier, et qu'une piste parmi mille allait aboutir à retrouver Emma, d'autant plus qu'Abby se documente sur la mémoire de l'être humain afin d'être encore plus efficace. Las, elle échoue lamentablement et sa vie s'écroule jusqu'à ce que...     

Je me suis ennuyée pas mal dans ce livre car suivre les pérégrinations de l'héroïne n'ont rien d'extraordinaire, surtout que sa vie devient plutôt monotone à partir de la disparition d'Emma. Elle ne cesse d'errer de ci delà sans voir ses efforts récompensés.

J'avoue cependant avoir été très émue par la scène des retrouvailles car après avoir tellement attendu un évènement encourageant, on est "récompensé" en tant que lecteur d'avoir tellement patienté !

J'ajoute que j'ai souvent été ulcérée par l'évocation d'un certain "mode de vie" américain (non pas les choses liées au surf) mais plutôt la façon de vivre, pause café à répétitions, pause déjeuner et tutti quanti. J'ajoute que les citations de livres sur la mémoire m'ont plutôt fatiguées puisque je ne voyais pas en quoi ces citations étaient  -non pas justifiées- étalées devant nous, sans vraiment avoir pu picorer quelque chose d'intéressant.

Je sais que pour certains je suis plutôt critique et pourtant en général je ne descend pas facilement un livre mais là je me suis franchement ennuyée et si je n'avais pas eu ce livre à lire dans un contexte bien précis, j'aurais tout simplement abandonné, et sans regret !

Etant mère d'un adorable petit  lutin prénommé Nino, 4 ans et demi le coquin, j'aurais dû être sensible au récit de la disparition d'un enfant. Il n'en fut rien, même si j'ai souvent pensé à ce que je ressentirais moi même face à un tel drame...

L'année brouillard, de Michelle Richmond, traduit de l'américain par Sophie Aslanides, Buchet Chastel, 508 pages, 25 €.     

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Mercredi 21 octobre 2009

Dans le cadre du prix des lectrices de Elle, je viens de finir Retour d'exil d'une femme recherchée d'Hélène Castel, un livre qui m'a beaucoup plu, le premier de ce prix qui m'enthousiasme un tant soit peu. Il était temps, après neuf* livres, que j'en rencontre un qui me porte un peu plus que les autres ! 
 

Comment ne pas succomber à ce texte, très sincère, très fort, qui s'avère aussi être un essai sur les ravages de la prison sur l'être humain. Mais d'abord, c'est surtout une belle biographie au cours de laquelle Hélène Castel se raconte, sans jamais tomber dans le nombrilisme ni l'égocentrisme. Elle relate les étapes de son parcours, et ceci dans un ordre bien précis puisque son livre est découpé en trois parties : tout d'abord, Mexico, le pays où elle a refait sa vie après son braquage à Paris, il y a 25 ans. Ensuite, Fleury Mérogis, où elle atterrit après son arrestation au Mexique et enfin Paris, la ville de son enfance, où son procès aura enfin lieu. 

"L'isolement et la honte : un cocktail explosif qui peut être désamorcé avant de glisser dans la spirale de l'exclusion et du désespoir" (page 143)

Beaucoup de pudeur dans ce texte, de sensibilité, de dévouement, de dépassement, de douleur... Comment vivre après avoir commis un acte fou, comment refaire sa vie ? C'est l'histoire d'une renaissance, après un acte répréhensible. C'est l'histoire d'une femme qui s'est donné les moyens de se reconstruire durant les années, après ce braquage et justement lors de son procès. C'est l'histoire d'un trajet particulier, d'un itinéraire semé d'embûches.

"Non, la vérité n'existe pas, c'est une illusion... Toute évocation du passé s'apparente à de la fiction : ce passé est transformé, compris et énoncé différemment selon la manière dont on se situe dans le présent. De toutes les motivations qui se cachent derrière un acte, quel qu'il soit, seules celles qui entrent en résonance avec mon expérience -là, tout de suite- sont aptes à se frayer un chemin jusqu'à ma conscience, et à être nommées." page 215 

Beau parcours, belle réussite, beau livre. 

"Je n'imagine pour rien au monde passer les trois jours du procès à mentir, à nier ce que pourtant je sais. Ce serait ôter tout sens à la confrontation, à ce que j'imagine déjà être un moment d'exception, une opportunité pour régler mes comptes avec mes propres erreurs, les personnes qui en ont pâti- pour réaffirmer l'axe de ma vie." page 136  
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*Ce livre est le 7ème que le lis dans le cadre du prix, et je termine les deux autres de la troisième sélection....

Retour d'exil d'une femme recherchée, d'Hélène Castel, Seuil, 245 pages, 19 euros.
Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Vendredi 9 octobre 2009

murakami-coureur-de-fondJ'ai lu un peu par hasard Kafka sur le rivage il y a peut être deux ans maintenant et j'avais été éblouie par ce roman dingue et beau. A l'époque, je n'avais pas commencé ce blog donc cette lecture était passée à la trappe... Aujourd'hui encore me reste en mémoire quelques images de Kafka sur le rivage même si je serais bien en peine de le résumer correctement. Une expérience intéressante pour la lectrice que je suis et sans aucun doute une découverte, une de plus me direz-vous, car un livre remplace l'autre mais ici ce fut quand même différent, Murakami a une petite musique que l'on n'oublie pas et qui résonne encore longtemps après.

Et comme Murakami est un auteur connu et reconnu, son dernier livre a été reçu un peu comme un évènement, commenté allégrement ici et là dans la presse au point que j'ai ressenti un désir impatient de le parcourir. D'autant plus que ce livre était autobiographique et qu'il traitait de la course à pied, la grande passion de cet auteur vraiment original. Et comme j'essaie désespérément de me remettre à la course, je me suis dit que ce livre allait me donner envie de fouler à nouveau ma belle campagne angevine (vous voyez à quoi j'en suis réduite !).

Finalement, même s'il est intéressant, ce livre est plutôt terre à terre et ennuyeux. Vu la qualité de ses romans,  je conseillerais davantage ceux-ci plutôt que ce livre dans lequel l'auteur recense toutes ses courses, et notamment ses marathons. Il intéressera plutôt les coureurs, de mon point de vue, car il s'attarde beaucoup sur ses temps, les trucs qu'il met en place pour finir ses courses, les durées de ses entraînements... Parfois, il fait des parallèles avec l'acte d'écrire, mais le plus souvent il brode autour de ses courses et de son jogging quotidien. Il justifie sa passion sportive par le fait qu'il souhaite écrire le plus longtemps possible.  Pas mal mais je suis restée sur ma faim. Quand à mon désir de courir, je le mettrai dimanche à exécution, ou pas ! 

Autoportrait de l'auteur en coureur de fond de Haruki Murakami, traduit par Hélène MORITA, avril 009, Belfond, 19,50 €, 192 pages.

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Dimanche 27 septembre 2009

Je viens de finir, in extremis pour le grand prix des lectrices de Elle, les pièges du crépuscule de Frank Tallis. C'est un roman policier qui se passe à Vienne au début du siècle. Deux personnages, l'inspecteur Rheinhardt et le jeune psychiatre Liebermann, s'associent pour dénouer plusieurs crimes atroces perpétrés devant des églises de la ville.  

C'est un livre plutôt érudit, qui aborde de front l'histoire du judaïsme, évoque en passant l'avènement de la psychanalyse,  Freud apparaissant effectivement dans le récit en tant que personnage, secondaire certes mais bien présent puisque Liebermann est un de ses disciples.

Le principal avantage de ce roman policier ? Il nous plonge dans l'ambiance de Vienne, une ville complexe par son architecture (beaucoup de lieux sont cités, des églises notamment mais aussi des lieux profanes comme les bars), la gastronomie (ah, les nombreuses pâtisseries que l'inspecteur Rheinhardt déguste...), la musique (nos deux héros sont des musiciens accomplis qui s'accompagnent mutuellement, l'un au piano, l'autre au chant)... Parallèlement, l'auteur n'occulte pas l'antisémitisme en train d'enfler dans la ville et c'est l'occasion de revenir sur la longue histoire des juifs. Parfois j'ai trouvé cela trop érudit, trop pointu, un peu comme un cours d'histoire et puis finalement, je me suis laissée portée par les personnages et l'époque qui garantit quand même un sacré dépaysement !

Les Pièges du crépuscule, de Frank Tallis. Traduit de l’anglais par Michèle Valencia. Éditions 10/18. Collection « Grands Détectives ». 416 pages, 8,60 euros.

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Dimanche 27 septembre 2009

Deuxième lecture ce mois-ci pour le grand prix des lectrices de Elle : Mausolée de Rouja Lazarova. Perturbée par des éléments extérieurs à ma lecture, j'ai lu le début du roman un peu en somnanbule. Je l'ai poursuivie contrainte et forcée et puis, je l'ai fini dans l'allégresse, allégresse de ne pas vivre ce que dépeint la narratrice.

Mausolée est un roman mais ce pourrait être un documentaire, une biographie, un témoignage… Il s’agit d’un roman très réaliste sur la Bulgarie, sur une période qui s’étend des années 40 aux années 90. On pourrait penser que ce roman est l’histoire de son auteur, Rouja Lazarova, puisque celle-ci, selon la quatrième de couverture, est « née en Bulgarie communiste (…) et vit en France depuis 1991 ». Mausolée est son quatrième roman. Autobiographie ou pas, ce roman est une dénonciation forte du régime communiste, de ses effets néfastes sur plusieurs générations de bulgares.

 

Mausolée - Rouja LazarovaLe roman raconte d’abord la vie de Gaby, dont le mari disparaît, assassiné par le régime, peu avant la naissance de sa fille Rada. Ensuite dans la deuxième partie du livre, la propre fille de Rada, Milena, reprend le récit et même si le régime s’assouplit, il pèse toujours autant sur les consciences et leur pourrit la vie. En décrivant cette famille, l’auteur montre bien que les aberrations du système sont tenaces. 

 

L’auteur décrit avec minutie le quotidien des personnages, fait de peurs, d’hypocrisie et de lassitude. Les détails s’accumulent pour fustiger un régime politique aberrant, qui transforme les êtres en machines obéissantes et peureuses.

 

Ce livre est vraiment intéressant car il nous fait partager ce que vivent les personnages au jour le jour : les humiliations, les peurs, les attentes, les espoirs. L’auteur n’occulte aucune anecdote, aucun détail et transforme son roman en bombe à retardement pour ceux qui auraient encore des sympathies pour le communisme.


prixdeslectricesELLE Blog de l'auteur 

Mausolée
de Rouja Lazarova, Flammarion, 331 pages, 19 €.

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Jeudi 17 septembre 2009

Je viens de terminer l'Intranquille, autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, catégorie document de la deuxième livraison du prix des lectrices de Elle. Gérard Garouste a écrit son autobiographie en collaboration avec Judith Perrignon, auteur et ancienne journaliste à Libération.

Gérard GarousteJe ne connaissais pas Gérard Garouste, "l'un des peintres français les plus importants et internationalement reconnu" selon
Wikipédia mais ce livre m'a donné très envie de découvrir ses peintures, dont certaines sont évoquées dans ce livre. 

Dans l'Intranquille, Gérard Garouste se met à nu, explore son histoire familiale plutôt difficile, s'étend sur la figure de son père, antisémite et psychopathe, voleur des biens des juifs durant la seconde guerre mondiale. Il raconte aussi les chemins qu'il a dû emprunter pour devenir peintre. 

Si la lecture de cet ouvrage est passionnante, elle se révèle aussi angoissante, surtout lorsqu'il évoque ses crises de folies, conséquences manifestes de son passé lourd de secrets familiaux : "Pour moi, les secrets s'entremêlent, il n'y en avait pas qu'un, plusieurs m'attendaient et m'attendent peut-être encore."(page 38)

Finalement, ce livre nous éclaire sur un univers d'artiste particulier. On est un peu voyeur en le lisant, même si cette sensation est vite réprimée tellement l'auteur se livre, presque sans retenue, pour conjurer son passé et les fautes de son père. 

Un petit bémol cependant pour les éditions L'iconoclaste : j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à feuilleter le grain du papier, épais et de très bonne qualité, j'ai adoré la mise en page, aérée et fluide, mais le texte aurait  mérité quelques reproductions de tableaux de Garouste. A part celui sur la jaquette du livre (un autoportrait plutôt adéquat), j'ai regretté de ne pas pouvoir approfondir le texte par la lecture des tableaux.

"Et le démiurge en moi se réjouit quand les couleurs s'organisent, mélangent les figures qui m'encombrent et celles que je me suis choisies. J'ai alors le sentiment d'avoir compris et fait quelque chose de ma vie. Je me lave du passé." (page 163) 
prixdeslectricesELLE

Gérard Garouste, avec Judith Perrignon, L'Intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, L'iconoclaste, 2009, 200 p.


Très bonne analyse d'In Cold Blog

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Dimanche 6 septembre 2009

Je viens de finir le dernier Delerm, Quelque chose en lui de Bartleby, publié au Mercure de France.  Je m'attendais à un récit linéaire, sans esbroufe comme sait les signer Delerm, bref un truc sympa à lire en attendant la deuxième livraison du prix des lectrices du magazine Elle (qui se fait attendre !).

Bien entendu, par le passé j'ai déjà lu Delerm, dont la fameuse première gorgée de bière, mais aussi Monsieur Spitzweg s'échappe (qui m'avait redonné envie de courir !) et encore mon préféré Sundborn ou les jours de lumière.

Ici, je le dis tout net, j'ai été un peu déçue, surtout sur la première partie du roman, parce que Delerm enchaîne les idées presque toutes faites, surfe sur l'air du temps (les blogueurs) sans vraiment prendre de recul et est toujours aussi béat devant les minuscules plaisirs de l'existence. Je comprends que certains tirent à bout portant sur ce genre de prose tant elle donne parfois, souvent, envie de se moquer.

Quelques points positifs cependant : Delerm donne envie de se replonger dans Melville, La Fontaine... Et son récit est parsemé de références à la littérature, au cinéma, à la musique. Et je me suis davantage amusée sur la deuxième partie du roman, un peu plus nerveuse et savoureuse. 

D'autre part, l'histoire est plutôt amusante, surtout pour ceux qui tiennent un blog, même si je trouve que l'auteur survole le thème (l'engouement pour les blogs, Internet...) et en fait un prétexte pour bâtir son intrigue. Par contre, j'aime la légère ironie de Delerm, qui s'y entend en personnages secondaires, même si souvent ça frôle la caricature (cf les noms des collègues d'Arnold...).

Non, vraiment, ce qu'il y a à retirer de ce texte, c'est toujours le goût de Delerm pour les petites choses qui apportent du sel dans notre vie : les promenades dans Paris, l'observation des autres, les petites douceurs que l'on s'offre occasionnellement...

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Lundi 31 août 2009

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir Toni Morrison. J'ai donc profité des vacances pour savourer son dernier roman, Un don de Toni Morrison, une petite merveille de finesse et de poésie (mais comme je l'ai lu courant juillet, j'ai un peu de mal à me rappeler de mes impressions, les voici tout de même mais en version light !). 

Dans l'Amérique du XVIIe siècle, plusieurs figures féminines tournent autour de Jacob Van Aark : sa femme Rebekka, venue d'Angleterre et ses esclaves, Florens, l'indienne Lina, et Sorrow, une faible d’esprit «aux yeux gris argent». Deux blancs, Willard et Scully, travaillent aussi pour Jacob en attendant d’avoir accumulé de quoi acheter leur liberté.

Toni Morrison les présente tour à tour par petites touches. Et à travers eux, évoque toutes sortes de systèmes d'esclavage, qui se focaliseront par la suite sur la couleur de la peau. 

Elle insiste sur les parcours de ses figures féminines, jamais de façon démonstrative mais toujours avec finesse. 

Non seulement c'est un roman qui nous fait voyager dans le temps, mais c'est aussi une belle traversée poétique.

Un don de Toni Morrison, traduit de l’anglais par Anne Wicke, Éd.
Christian Bourgois, 194 p., 15 euros.

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Dimanche 23 août 2009
prixdeslectricesELLE

Je viens de relire Paris-Brest de Tanguy Viel, dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle. Je l'avais déjà lu en mai, sans avoir eu le temps d'en parler sur ce blog. Ce livre fait partie de la sélection pour le prix Inter 2009, sélection que j'avais commencé à lire en partie. 


S’agissant d’une histoire de famille, particulière et en même temps commune comme toutes les histoires de famille, les ingrédients sont les suivants pour réaliser la recette du Paris-Brest, à la façon Tanguy Viel :
prenez un fils, mal aimé, peu sûr de lui, ayant des velléités d’écriture, ce sera le narrateur. Ajoutez-lui une mère, ne quittant pas son serre-tête, manipulatrice, plus qu'attentive au quand dira-t-on et un père mauvais gestionnaire et absent. Complétez le tableau par une grand-mère, héritière sur le tard d’une énorme fortune et d’un frère footballeur. N’oubliez pas l’ami du narrateur, une mauvaise fréquentation, dirons les mauvaises langues, normal vu ses ascendances... Saupoudrez le tout de non-dits, de mensonges et d’une bonne dose d’hypocrisie et vous aurez un parfait « roman familial ». (certains ingrédients se laissent mélanger, mais il convient pour d'autres de laisser mariner).

mini2-45235669paris-brest-jpg.jpg 

Paris-Brest, c’est une histoire à plusieurs tiroirs qui s’emboîtent les uns dans les autres. Premier tiroir, celui de l’autobiographie : le narrateur décrit des faits qu’il relatera ensuite dans un texte, dont le lecteur n’aura pas la primeur mais qu’il devine sans grand mal. Ce texte sera évoqué à la fin du récit, puisque la mère n’aura de cesse de le lire, dévorée par la curiosité et la peur d’être dévoilée au grand jour. Elle y mettra même le feu. Tout le roman est parcouru par un jeu entre ce qui est vrai (les souvenirs, les personnages, les faits) et ce qui est relaté donc transformé par l’acte d’écriture. Deuxième tiroir, celui du roman policier : à mesure que les pages se tournent, le suspens s’épaissit, d’autant plus qu’une grosse somme d’argent est en jeu, aiguisant les appétits des uns et des autres. Mais là encore, l’auteur joue avec les codes du polar.  Troisième tiroir : celui du roman familial. La famille, source inépuisable d’inspiration. L’atmosphère ici est lourde de menaces, de violences contenues. La famille, un terrain miné.

 

Mon avis : pour moi, c’est un roman très original, qui se joue de tous les codes romanesques. Un style très particulier, avec beaucoup de répétitions. En le relisant après coup, je trouve ce livre très riche, à un point tel qu'une relecture n'épuise pas tous les sens. A l'instar des voyages du narrateur entre Paris et Brest, l'auteur fait des va et vient permanents entre la vie et la littérature... Un bon et beau gâteau, au goût amer…


Paris-Brest, Tanguy Viel, éditions de Minuit, 192 pages, 14 €

Les avis éclairés de  Sandra (blog murmures intérieurs),  Yves,  Clochette,   Sandra , Bookomaton

Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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Samedi 22 août 2009

prixdeslectricesELLEDeuxième document, catégorie policier, reçu dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle, Enfant 44 de Tom Rob Smith. Voici mon analyse :

Pour son premier roman, l’anglais Tom Rob Smith a choisi pour cadre la Russie de Staline, une période noire où la délation, le mensonge et la mort sont aux premières loges. 

 

Léo, milicien plein d'avenir du MGB (ancêtre du KGB) est chargé par son parti d'étouffer un meurtre d'enfant. Peu à peu, tenaillé par le doute, il décide de mener l'enquête envers et contre tous, aidé en cela par sa femme Raïssa... Ce roman a le grand mérite de nous faire partager le difficile quotidien des russes sous le règne oppressant de Staline, où chacun doit échapper à la suspicion générale, honorer hypocritement les dignitaires du parti, faire montre d'un patriotisme sans faille pour ne pas finir torturé ou pire exécuté, et cela, en toute impunité. Etre soupçonné, c'est de toute façon être coupable, sans autre forme de procès. 

 
Le début du roman est un peu déroutant et énigmatique, puisque les chapitres s’enchaînent et présentent des personnages et des époques différentes, sans liens apparents entre eux. Puis, tout s'installe, même si le dénouement est encore loin ! Le lecteur rassemblera les pièces du puzzle progressivement. L'auteur se plait à surprendre le lecteur par des figures ambivalentes : Léo, en milicien un peu trop zélé, qui va finalement se retourner contre le puissant système qui l'emploie. Raïssa, la discrète épouse qui s'était mariée par peur et non par amour, va finir par s’éprendre de son mari...

 

On suit les pérégrinations de ces deux héros avec plaisir tant les rebondissements sont fréquents. Mais à la fin, j'ai trouvé que l'auteur en rajoutait un peu pour parvenir à boucler son récit : le super héros survit à tous les pièges que ses adversaires lui tendent… Léo se révélant invincible, le suspense perd un peu en saveur. Mais l'ensemble reste plutôt très réussi et même impressionnant pour un premier roman.   


Certaines scènes font froid dans le dos, notamment la description des scènes de meurtre. Mais ce qui m'a le plus intéressée, c'est l'évocation très fine du système soviétique et de ses méfaits : on s’y croirait ! D’ailleurs, en fin de roman, l'auteur cite quelques sources dont il s'est inspiré pour nourrir son livre, dont le fameux Archipel du Goulag de Soljenitsyne (que je lirais un jour). Et c’est dans ces remerciements qu’il nous apprend que le tueur en série qu’il décrit a réellement existé, de quoi nous épouvanter encore plus !  

En quatrième de couverture, l’éditeur Belfond n’a pas manqué de signaler que l’ouvrage « sera bientôt adapté au cinéma par Ridley Scott ». Pas étonnant, vu la richesse de l’ensemble. Nul doute que le film sera haletant...  


Enfant 44, de Tom Rob Smith, Belfond, 398 pages, 22 €

L'éditeur Belfond : présentation  du livre et 20 premières pages

Critique de Télérama

Les analyses d'AudreySandra et Armande.
Bookomaton, elle, n'a pas du tout aimé, ainsi que Marie-Claire



Par Flora - Publié dans : L'attrape-livres
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