Le Caravage vu par Milo Manara : pinceaux, bastons et sensualité

Publié le par Marie-Florence Gaultier

couverture de la BD Le Caravage de Milo Manara
couverture de la BD Le Caravage de Milo Manara

Milo Manara, maître incontesté de la BD à caractère érotique, rend ici hommage au célèbre peintre italien Michelangelo Merisi da Caravaggio dit « Le Caravage ». Ce diptyque passionnant – dont le premier tome, la palette et l’épée, vient de sortir – est une reconstitution historique de la vie sulfureuse du Caravage : prêts pour une plongée picturale et picaresque dans l’Italie du Cinquecento ?

Manara choisit de débuter son album en 1592, sur la route de Rome. Près du pont Salario, s’engage un attelage de bœufs conduit par un maraîcher. Lorsqu’un carrosse menace de le doubler, c’est la course car seul un véhicule passera le barrage du pont. Malgré des avantages certains, la passagère du carrosse se verra recalée par les gardiens du gué. Michelangelo, transporté par le maraîcher, fait alors la connaissance des deux autres « dévergoigneuses » du carrosse, deux jolies prostituées. Dès cette entrée en matière, Manara subjugue par tout ce qui fait son style : des dessins réalistes, un scénario mené tambour battant et son coup de patte si reconnaissable : une grande sensualité qui émane des personnages féminins.

Et c’est parti pour des aventures picaresques et picturales : en arrivant à Rome, Michelangelo se fait remarquer en se mêlant à une rixe, la première d’une longue série. L’homme est bagarreur et refuse les injustices dont il est témoin. En croisant le noble Ranuccio Tomassoni, une brute qui joue les souteneurs, Michelangelo s’en fait un ennemi, en choisissant l’une de ses prostituées, Anna, comme modèle. Plus tard, il quitte avec fracas l’atelier du cavalier d’Arpin où il s’ennuyait ferme – ce dernier ne lui donnant que des guirlandes à peindre. En devenant le protégé du cardinal Del Monte, le Caravage va enfin pouvoir laisser exploser son incroyable talent mais ne renoncera pas pour autant à ses mauvais penchants de voyou…

Dans cette BD, Manara a reconstitué avec talent et minutie le Cinquecento de Caravage dans lequel on perçoit toute la violence existant entre les puissants, représentés par les nobles (seuls habilités à porter l’épée avec les gens d’armes, soit dit en passant) et le clergé, et les faibles, les petites gens du peuple, auprès duquel Michelangelo se montre si sensible. En dessinant de nombreux modèles, féminins et masculins, dénudés ou non, Manara adoucit son propos de vignettes très sensuelles, dans lesquelles les couleurs, notamment le rouge, resplendissent. Certaines cases sont construites comme des tableaux miniatures que l’on peut admirer sans fin.

Bien entendu, Manara dessine quelques toiles célèbres du Caravage qu’il insère dans la BD. Il propose même au lecteur de pénétrer les coulisses de la création des tableaux en mettant en scène le peintre avec ses modèles. En imaginant ces scènes, le dessinateur s’approche de la réalité historique de façon tout à fait plausible comme le souligne l’historien préfacier de l’album, ce qui rend la lecture très agréable.

Manara s’est beaucoup documenté sur son sujet comme l’atteste la bibliographie et le glossaire qui permettent de re-situer les évènements historiques apparaissant en toile de fond. Comme lorsque le Caravage assiste à l’exécution de Beatrice Cenci, aux côtés de la future peintre Artemisia Gentileshi, alors petite fille. Plus loin, un castra croise la route du peintre… Les décors de la BD sont impressionnants : l’intérieur d’une taverne laisse rêveur, ainsi que les rues de Rome. Quant à la prison Tor Di Nona où séjournera plusieurs fois le peintre, elle est à la fois fantastique et horrible…

Seul petit bémol, si Manara mène tambour battant son histoire, j’ai souvent ressenti le besoin de ralentir la cadence et pourquoi pas de faire un arrêt sur une toile. Ceci dit, si l’album est riche et la narration rapide, rien n’empêche, comme je vais sans doute le faire, de se documenter davantage, avec cette fois un livre d’art sur le Caravage. Pour poursuivre la découverte…

Le Caravage, première partie, la palette et l’épée, Glénat, 64 pages, 14.95 €

Glénat met en ligne une interview de Manara ici

Et Télérama a publié un bel article ici

Le Caravage vu par Milo Manara : pinceaux, bastons et sensualité

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