Benoît Duteurtre "les pieds dans l'eau" à Etretat
J'ai passé cet été une semaine de vacances à Etretat. Là-bas, j'ai croisé des figures d'écrivains et de peintres disparus,
Maupassant bien sûr dont l'ombre plane toujours dans la cité balnéaire, Maurice Leblanc mais aussi Courbet, Manet...
Benoît Duteurtre, lui, est bien vivant. Bien qu'originaire du Havre, il a plus d'une accointance avec Etretat comme l'explique son dernier livre "Les pieds dans l'eau". Son arrière grand-père, qui fut président de la république, René Coty, y passait ses étés. C'est donc à la fois un roman
familial et sociologique, sur les moeurs des habitants de la petite cité balnéaire au fil du temps. L'auteur dépeint son enfance baignée dans le catholicisme ambiant, mai 68,
l'évolution de la société...
Ce roman est construit en cinq parties divisées chacune en chapitres, autonomes les uns des autres. Ainsi, page 181, l'auteur regrette l'abandon des cabines sur la plage :
"A l'approche de l'an 2000, pour la première fois depuis un siècle, une certaine fatigue semble avoir saisi les estivants, lassés par l'idée de louer
un emplacement, de démonter et de remonter leur cabine ou de payer quelqu'un pour le faire, puis d'entretenir le bois, de le repeindre et de tout recommencer". Puis, plus
loin, il constate, amer mais réaliste : "Après le temps de la liquidation, les vieux rituels renaîtront comme un folklore, à des tarifs élevés."
(page 183).

Si comme moi, vous souhaitez revivre le doux temps des
vacances au bord de mer, lisez "les pieds dans l'eau", même si vous n'êtes pas allés à Etretat, vous apprécierez ce roman particulier
dans lequel on croise de curieux personnages, comme un oncle dont l'auteur garde un souvenir ému :
" Mais il existait surtout, dans cette branche de la famille, un homme dont le style conjuguait l'exotisme de la capitale et la nostalgie d'Alain Souchon :
c'était Arnold, le mari de Laurence, à mes yeux l'incarnation du bourgeois raffiné" (page 120).
Plus loin, il précise un peu les contours de ce personnage, son souvenir nous le rend à la fois sympathique et proche (cela doit toucher quelque chose en moi... est-ce l'évocation de l'alcoolisme
?) : "Furetant d'une pièce à l'autre, il avait toujours une cigarette allumée et son whisky n'était jamais loin ; mais Arnold maîtrisait en virtuose les
manières discrètes du buveur mondain, consistant à tenir un verre caché dans le creux de la main, à le poser dans un coin où il le retrouverait plus tard, à cacher sa bouteille près d'un canapé
pour échapper aux remarques - tout en maintenant la légère dose d'alcool propice à ses rêveries et à ses plaisirs" (page 122).

Un texte pudique, émouvant parfois, sur le temps qui passe et dénature
insidieusement les choses, les êtres. J'oubliais l'humour qui perce souvent, allégeant l'ensemble. Pour moi ce fut une façon de me remémorer mes vacances et ce petit bout de terre normande
que j'ai aimé, malgré la modernité, malgré la température de l'eau, malgré les parkings prédominants, au grand dam de l'auteur !
Désormais, Etretat fait partie de moi et ce livre m'a fait prolonger ces douces vacances... A notre arrivée, une tempête mémorable, malgré les sourires (cf photo). A tel point qu'un
sauveteur s'est déplacé pour nous signifier que nous étions trop près de la mer, subjugués et fascinés par la tempête, qui pouvait nous emporter sans que quiconque puisse
venir à notre secours...
"Les pieds dans l'eau", de Benoît Duteurtre, Gallimard, 17.50 €, 238 pages.
Site de l'auteur (avec de nombreuses critiques de son livre)