Brigitte Fontaine se fait son cinéma avec "Travellings"
Belle découverte que "Travellings" de Brigitte Fontaine. Belle
découverte car Brigitte Fontaine a une sacrée écriture, étonnante, distendue, légère et aussi plombée parfois... J'ai du mal à la qualifier en fait cette écriture.
Et l'histoire, alors, me demanderez-vous. Bon l'histoire, je peux, un peu, la raconter mais vraiment, est-ce la peine ? Ne faudrait-il pas mieux que vous la découvriez vous-mêmes ?
(est-ce le bon temps que j'utilise ici ???) D'aucuns penseront qu'elle est légère, sans intérêt mais l'essentiel est ailleurs... Dans une certaine forme de folie, dans un élan, rapide,
dans une trajectoire tracée... Sachez seulement qu'il est question d'une jeune fille, Judith, libre, belle, sans attache d'aucune sorte, éprise
d'un homme au point de l'épouser et de rompre toute amarre ensuite...
Ensuite ? Lisez pour le savoir ! Lisez, sombrez... prenez l'ombre, mettez-vous à l’abri avec Brigitte Fontaine !

En lisant, j'essayais de repérer des passages dignes d'être cités. Le problème, avec Brigitte Fontaine, c'est que beaucoup de passages peuvent être cités, mêmes isolés de leur contexte !
En voici quelques- uns :
"Judith entre dans le vaste champ de glaces et d'éclairs
qu'est la disparition de Juan. Elle erre dans les rues comme une barque sans rameur. La houle est forte. Ça fait mal au coeur. Parfois tout défile à une vitesse folle."
Brigitte Fontaine distille de la vitesse, de la rapidité dans son texte et laisse infuser…
"Par moments, Judith file le parfait amour avec la mort. Une mer de sang vermeil et puis l'azur, la dérive totale dans l'inconnu absolu, enfin l'autre côté, l'aura resplendissante, l'anéantissement peut-être dans la lumière inimaginable, la grande folie furieuse mais douce à faire peur aux vivants."
"Judith Pagès ne sait pas ce qu'elle fait. Tu ne sais pas ce que tu fais, Judith. Depuis toujours, tu te bringuebales de sensations vagues en sensations floues, de jeux en jeux plus ou moins
drôles, de bras doux en bras durs et te glisses avec une facilité suspecte dans ce feuilleton mayonnaise, tu poses pour la couverture du magazine avec cet Enzo de Porta, aplatie et lisse, presque
sans viscère. On ne peut te chérir que dans tes maladresses brusques, qui sont comme une porte, tes mots ou tes gestes à côté, tes fous rires presque maladifs où tu te tords en demandant
grâce, où tu pisses presque dans tes petits frocs en soie. Tes absences aussi, tes airs ahuris avec la bouche bée où pourraient s'engouffrer les guêpes, et le halo enflammé qui parfois
t'entoure." (p. 23)
Beau livre, drôle de livre. Happée par l’histoire, comme hypnotisée, j'ai pourtant été
déçue par la fin, un peu bâclée pour moi, non achevée... Mais l'ensemble est amusant, distrayant, étonnant. A découvrir !