Skandalon, une BD funeste qui m’a rendue sinistre

Publié le par Flora

Skandalon est une BD qui montre la descente aux enfers d’un personnage marginal, comme le suggère la très belle couverture de l’album.

La première planche montre de la fumée qui s’échappe d’un cendrier, des bouteilles qui traînent, des notes de musique dessinées à la hâte et enfin une main qui gratte une guitare : celle de Tazane qui s’apprête à monter sur scène et se fait désirer. Son manager lui demande d’éviter de « refaire un scandale au micro « , ce à quoi il répond « loin de moi cette idée. Jusqu’à ce qu’elle me possède « . Le ton est donné, le concert (l’histoire) peut commencer.

Tazane est un jeune chanteur compositeur de 27 ans, qui vient de sortir son deuxième album. Le succès lui donne des ailes, qu’il brûle méthodiquement par un comportement outrancier et arrogant. Sa spécialité : le scandale, sous toutes ses formes. Le public, les journalistes, la société en redemandent.

« Ce que je mets dans mes partitions ce sont mes tripes, mes sentiments. Le démon qui m’habite est le même qui circule dans le sang de chacun, voilà pourquoi tout le monde se reconnaît en moi et ma musique. La différence… c’est que moi je cède à mes passions ».

Skandalon décrit cette foutue toute puissance que ressent Tazane, dûment alimentée par diverses substances illicites, qui peuvent expliquer, en partie seulement, ses comportements aberrants. Julie Maroh insère dans son récit quelques intermèdes, comme celui où elle met en scène une émission de télé dans laquelle un sociologue, semble-t-il, analyse la personnalité complexe de Tazane. Ouf, on respire un peu, avant le pire…

D’autres planches suivent, réalisées comme des tableaux avec une seule case : Tazane se coupe puis se noie dans une mare de rouge, complètement sourd aux sonneries de téléphone, il broie du noir, dans tous les sens du terme… Véritable modèle pour la jeunesse, il ne cesse de repousser ses limites, dans une spirale infernale. Au mains de la justice après un viol, il continue de semer le trouble, au point de provoquer des émeutes.

« Je crois que tu as laissé ton humanité dans la loge »

Après l’album qui l’avait fait connaître, « le bleu est une couleur chaude « , (qu’une étiquette rappelle en couverture) , où elle racontait une histoire d’amour homosexuelle, Julie Maroh explore cette fois-ci les ravages de la célébrité ou plutôt le parcours d’un être qui se croit au dessus des lois.Skandalon alterne des dessins aux traits grossiers avec d’autres beaucoup plus méticuleux, comme cette double page où l’on voit émerger des personnages d’une sorte de brume. Les dialogues sont plutôt bien tournés, le propos intéressant. Mais alors d’où vient cette sensation de malaise, d’écœurement ? J’ai peu aimé les dessins de cet album, même si je reconnais tout le travail de mise en page. Le style de Julie Maroh ne m’emballe pas, curieux car son premier album ne m’avait pas laissée ainsi désolée. Et le texte de la postface ne m’a pas semblé opportun, n’éclairant en rien l’album qui se suffit à lui même. L’auteure cite quelques penseurs ayant travaillé sur les notions d’interdit dans la société et de mythologie, notamment et surtout René Girard. Intéressant mais plutôt illisible ! Je préfère en rester sur l’album, que j’ai trouvé puissant mais globalement glauque (évidemment vu l’histoire) et qui m’a laissée apeurée. Julie Maroh, en dévoilant l’envers du décor (que nous connaissons tous tant les Tazanes qui défrayent l’actualité ne manquent pas) nous place en spectateurs impuissants du drame à venir. Essai réussi, même si parfois les rideaux de scène doivent rester fermés…

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