L'attrape-polars

Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 22:58

C'est avec un plaisir particulier que je vous présente aujourd'hui un livre qui j'espère fera le buzz parmi les blogueurs amateurs de bouquins : le cercle invisible des lecteurs. C'est un polar dont j'ai découvert l'existence tout simplement en allant... travailler : son auteur, Yannick Le Bihan, est en effet formateur de français dans le CFA où je travaille. C'est son premier livre, et pour un premier livre, c'est plutôt réussi !

 

Pierre Morel, journaliste d'investigation "dont [la] curiosité était [la] seule fortune, (...) n'avait aucun scrupule à la vendre à l'encan". Pendant qu'il enquête sur Rondeau,un élu local qui distribue de grosses enveloppes à tout va , une ancienne amie de fac le contacte à propos de l'association du Passe-Livres qu'elle fréquente.  Cette petite assemblée qui se réunit au Galway, un pub irlandais de la Doutre, a des réunions de plus en plus houleuses... L'AMORC (ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix) ne serait-il pas la cause de ces désordres ?  Il semblerait d'autre part que de gros pavés soient déposés intentionnellement dans les totems installés par  l'association, avec des passages surlignés, à chaque fois à la page 666, "dites donc c'est le nombre du diable et la bête dont il est question, c'est celle de l'apocalypse, non ?". Le hic, c'est que bientôt des cadavres apparaissent. La signature habituelle du criminel ? Un livre ensanglanté...   

  

"Figure-toi que nous avons mis en place un "Totem". Avec la complicité du patron, on l'a carrément installé en bas, dans le bar, près de l'entrée. Le "Totem" se remarque, c'est une gondole, un présentoir où chacun peut se servir et prendre connaissance de la règle du jeu. Une centaine de livres sont en permanence prêts à être libérés. Les bouquins sont dotés d'une étiquette où figure un numéro d'identification qui s'obtient en enregistrant le livre sur internet. Il sert à suivre ses éventuels déplacements. La règle veut que les livres entrent en jeu grâce aux lecteurs. Il n'y a pas de point fixe d'où partent les livres".  

 

Ce Cercle invisible des lecteurs est un bon polar qui se lit d'une traite. Les différentes pistes développées par l'auteur mènent habilement vers le dénouement final et m'ont toutes tenues en haleine. J'ai bien aimé l'atmosphère du Galway, un pub qui a réellement existé à Angers (sous un autre nom), les personnages hauts en couleurs que l'on rencontre, ainsi que le décor du roman : Angers, la Doutre, Béhuard et bien d'autres lieux associés de notre paisible cité angevine ! J'ai apprécié aussi le style de l'écriture, très travaillé, ainsi que le vocabulaire très riche et les nombreuses références livresques, qui ne sauraient déplaire à la bande de blogueurs amateurs de "Passe-livres" virtuels que nous sommes ! Yannick, je n'ai qu'un mot : Bravo !

 

Le cercle invisible des lecteurs, mon petit éditeur, 19 euros, 170 pages  (premier chapitre en ligne)

 

site de l'auteur

 

 

 

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 23:21

Je n’ai pas aimé ce policier que je me suis forcée à terminer, uniquement pour en connaître le dénouement. Je l’ai trouvé poussif, sans saveur, dans l’ensemble mal écrit, à part les passages qui évoquent l’histoire de la famille Muller.

 

Le lecteur se plonge ainsi dans les désordres et travers d’une famille juive américaine enrichie par les affaires, tout en dénouant peu à peu les intrigues dont l’auteur a parsemé son récit.

Ce fil conducteur de cette famille Muller m’a davantage intéressé que les errements du jeune galeriste, Ethan Muller, à la recherche du mystérieux auteur des dessins, sordides mais pleins de génie, qu’il découvre dans un appartement miteux.


Comme si cela ne suffisait pas, l’auteur nous inflige de suivre également les histoires de cœur de ce galeriste prometteur et détective malgré lui.  Autant je me suis attachée à Samantha, dont Ethan tombe amoureux, fille simple et légèrement sauvage, autant j’ai détesté Marilyn, superficielle et légèrement possessive. Je n’ai pu croire un seul instant à leur alliance, trouvant cette partie de l’histoire peu crédible.  

 

Dans l’ensemble, peu de relief, une pauvreté de style, pas d’envergure bref j’ai ressenti beaucoup d’ennui à la lecture. C’est un premier roman, certes, mais d’autres se sont illustrés un peu plus brillamment.     

Les visages de Jesse KELLERMAN, traduit de l'anglais par Julie Sibony, Sonatine, 471 pages, 22 € 

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 20:05

C’est la première fois que je lis un policier qui se déroule en Afrique, j’ai l’impression qu’il n’y en a pas beaucoup !  Epouses et assassins est le premier roman de Kwei Quartey, jeune médecin ghanéen désormais installé aux Etats-Unis.

L'histoire : une jeune étudiante, plutôt émancipée et moderne, puisqu'elle participait à un programme de lutte contre le sida, est trouvée morte à Ketanu, petite ville perdue dans la brousse au Ghana. Au départ, tout porte à croire qu’elle a eu un malaise mais après l’autopsie, force est de constater qu’elle a été étranglée. Darko Dawson, inspecteur de la police d'Accra, se rend sur place et doit composer avec les policiers plutôt bornés de la place.  Darko retrouve aussi de vieux souvenirs enfouis en lui qui se mêlent  au mystère de la disparition de sa mère sur les mêmes lieux, il y a longtemps…

Evidemment, le lecteur pressent que les deux affaires vont se résoudre l’une après l’autre, ou en même temps… Mais ce n’est pas grave car l’auteur mène très bien sa barque et l’on suit avec plaisir les pérégrinations de Darko qui va parvenir à ses fins.

Ce qui m’a plu, c’est la description de la vie quotidienne au Ghana, et des thèmes comme la polygamie, la femme dans la société, le sida, les traditions sont plutôt bien insérés dans le récit.  C’est vivant et non artificiel, facile à lire, sans originalité peut-être mais pour un premier roman, c’est rondement bien mené et surtout très dépaysant.

Epouses & assassins, trad. de l'anglais par Michèle Valencia, Payot suspense, avril 2009, 341 pages, 22 €


Site de l'auteur

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 20:59

Je viens de terminer Souvenez-vous de moi, de Richard Price, avant-dernier livre de la sélection du mois d'avril. J'ai dû passer trois semaines dessus, non pas qu'il me tombait des mains (bien au contraire) mais j'ai eu d'autres préoccupations entre temps et donc ma lecture s'en est ressentie. Je l'ai fini ce matin, et je trouve enfin le temps ce soir d'en parler.couverture livre polar

Comparativement à d'autres polars de la sélection du prix Elle, rien à voir, ici on n'est pas dans du polar formaté, avec un air de déjà vu, du glauque plus ou moins gratuit. On est plutôt dans le brut de décoffrage, avec cette impression d'assister à l'enquête presque en direct, aux côtés des protagonistes. Curieuse histoire, curieux style, en tout cas éminemment plus original que Sauver sa peau de Lisa Gardner ou encore
Enfant 44 de Tom Rob Smith...  

L'histoire, un rien brouillonne, participe à ce côté brut. L'auteur multiplie tout d'abord  les person-nages mais petit à petit le fil se resserre autour de quelques-uns. L'écriture est originale, alterne des fragments provenant de différents points de vue sans que le lecteur soit perdu d'ailleurs. C'est ce qui rend ce texte riche, inventif, et en prise directe avec le réel, au coeur des rues de New York, précisément au coeur du quartier du Lower East Side. Richard Price (pas le même physique que Joseph Boyden, n'est-ce pas Armande ?) parvient à nous rendre proches ses personnages, voire sympathiques parce la plupart sont paumés, en quête soit de vérité, soit de sens à donner à leurs vies...

La trame de l'histoire : le meurtre d'un jeune homme amène son père Marcus à sympathiser avec le flic chargé de l'enquête, Matty. Plutôt du type acharné, Matty, bien que perdant dans sa vie personnelle... On croise aussi les figures d'Eric Cash, un des témoins du meurtre (quel nom prédestiné !), de Yolonda, un très beau portrait de femme flic, elle aussi très acharnée mais aussi ô combien humaine, Tristan, un jeune noir meurtri qui apprivoise son mal-être par l'écriture...  

prixdeslectricesELLEOn sait dès le départ qui est le meurtrier, donc pas vraiment de suspense dans ce récit. Mais cela n'enlève aucun intérêt durant la lecture. L'attention est donc accaparée par l'écriture, les personnages, leur philosophie, leurs façons de réagir... Au delà, c'est toute la société américaine que l'auteur passe au crible de son écriture...

Un beau texte, subtil que je vous recommande.  


« Souvenez-vous de moi»
de Richard Price, traduit de l'américain par Jacques Martinache, éd. Presses de la Cité, 534 pages, 22 €


Blogs sur ce livre :
Moisson noire
Rue 89 (avec des vidéos de l'auteur)
Le début du roman

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 14:39

Comme je lis peu de policiers -ce n’est pas un genre qui m’attire, je préfère des romans plus classiques- j’ai débuté ce roman un peu sur le qui-vive, surtout que le fonds du livre est plutôt trouble voire malsain : des meurtres d’enfants, ce quoi m’empêcher de dormir ! Et pourtant, même s’il m’a rebutée quelque peu à certains endroits, j’ai trouvé ce livre de Lisa Gardner haletant. Peu familière des auteurs de policiers, j’ai lu ici et là que ses livres se vendent bien. Pas étonnant puisque l’intrigue est rondement menée, à part quelques ficelles un peu trop grosses (mais il n’y en a que très peu…).

Le début du roman est très prometteur : une jeune fille évoque son enfance quelque peu instable : jugez plutôt, tous les deux trois ans, son père embarquait sa femme et sa fille vers une nouvelle direction, avec des noms d’emprunt. L’explication ?  Elle même ne peut en donner de valable, ne sachant pourquoi ses parents fuyaient à travers les Etats-Unis…

Annabelle, c’est le nom de la jeune fille, a grandi. Ses parents sont morts désormais et elle mène une vie plutôt monacale. Son père l’ayant gavée de cours sur l’autodéfense, elle se méfie de tout et de tous…

Un jour, elle lit dans le journal le compte-rendu d’un faits divers horrible : une cave contenant six corps d’enfants a été découverte près de Boston. L’un d’eux porte un médaillon avec son nom…

Annabelle se présente alors aux policiers chargés de l’enquête : le commandant D.D. Warren, une jeune femme n’ayant pas froid aux yeux, qui a appelé à ses côtés Bobby Dodge, un ancien tireur d’élite. Ceux-ci vont l’intégrer malgré eux à leurs recherches et dénouer peu à peu les pièces du puzzle, légèrement compliqué. Car le tueur se balade toujours dans la nature...

Voici le point de départ de l’histoire qui part alors dans beaucoup de directions, histoire de noyer le lecteur sous les nombreuses pistes soulevée par la police : les anciens résidents de l’hôpital psychiatrique proche de la tombe, désormais fermé, le réseau des pédophiles, les propres parents d’Annabelle…

Le suspense est au rendez-vous, le rythme haletant, l’intrigue est globalement bonne. prixdeslectricesELLEEvidemment, le dénouement est brillant : je n’ai pu soupçonner le coupable avant que l’auteur ne le présente enfin dans toute son horreur (caché sous une apparente banalité…). J’ai juste regretté certaines répliques plutôt vulgaires qui n’apportent rien au récit. Et j’ai aussi trouvé certains faits un peu trop « gros » mais dans l’ensemble, un policier réussi.

Sauver sa peau de Lisa Gardner, traduit de l’américain par Cécile Deniard, Albin Michel, 419 pages, 19,90 euros

D'autres blogs qui en parlent :

blog action-suspense
les bonheurs de Sophie
Hélène M
Planète polars

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /Nov /2009 22:40

Fakirs d'Antonin Varenne est classé dans la catégorie policier de ma sélection du mois de novembre du grand prix des lectrices de Elle, et peut être LE policier qui sera sélectionné cette année ? Gageons ! 

Mais je m'avance certainement un peu trop vite, vu que je n'ai pas encore lu tous les policiers de la sélection du grand prix des lectrices de Elle...
Vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre d'Antonin Varenne,   d'une écriture serrée qui m'a fait penser à François Valléjo (Ah, Madame Angeloso, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu !), sans doute parce qu'ils partagent la même éditrice, Viviane Hamy et que la typographie m'était familière).

L'histoire est-elle originale ? Assurément ! Elle mêle plusieurs atmosphères qui semblent complètement hétérogènes de prime abord. Evidemment, elles vont se mixer sous nos yeux ébahis de lecteur ! Jugez plutôt :
Alan Mustgrave, un américain que l'on va progressivement découvrir vétéran de la guerre du Golfe et d'Irak, meurt subitement au cours d’un spectacle, au "caveau de la bolée", dans lequel il s'exhibe... Est-ce un accident ou un mauvais hasard ? 

L'ambassade des Etats-Unis demande à John Nichols, un franco-américain vivant en  pleine nature tel un ancien hippie, de reconnaître le corps. Se faisant, il va enquêter sur cette mort plus que mystérieuse, croisant sur son chemin Guérin et son jeune adjoint Lambert, deux officiers de police un  peu portés sur les suicidés, le premier aimant par dessus tout trouver des coïncidences entre les évènements :

"
Roman lâcha prise. Guérin tira sur son imper froissé et s'éloigna.
En chemin, il chercha un lien entre ce monde sans revanche possible et un fakir, mort sur la scène d'une hémorragie. Evident. Le rapport était une ressemblance parfaite. Un monde d'hommes se tenant maladroitement debout sur des tapis de clous, courant et se fuyant les uns des autres" (page 163).

Ce que j'ai aimé dans ce polar, c'est justement le mélange des personnages et des univers. Le tout décrit par une langue verdoyante, onduleuse et qui ne s'interdit rien ! Certaines situations, comme la rencontre entre Guérin et John, qui pourrait sembler hasardeuse et factice, est tout simplement belle à lire car ce sont deux personnages forts, et en même temps pleins de doutes et de failles...  Et c'est ce que je retiens des critiques ici ou là sur ce livre, un certain humanisme dans l'écriture. 

Parfois, les noms des personnages de polars me font rire mais ici ils sont tous décalés, preuve de l'inventivité de l'auteur : "Savane", "Berlion" et "Roman" pour les flics ripoux, "Bunker" et son chien "Mesrine" pour l'ancien truand qui redécouvre les plaisirs, simples, de la vie (parfois on veut faire compliqué et on pense même que cela doit être compliqué, alors que c'est là, à portée de main, sans entrave aucune et curieusement on n'ose pas !).

Editions Viviane Hamy


Librairie Likoma à Lyon (à qui j'ai emprunté la très belle photo du livre : merci pour "l'emprunt" !)
  

Blog actu-du-noir. Blog de JM Laherrère

Blog Noir bazar

Blog d'une collègue lectrice du grand prix de Elle
 : Sophie lit

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 21:21

Je viens de finir, in extremis pour le grand prix des lectrices de Elle, les pièges du crépuscule de Frank Tallis. C'est un roman policier qui se passe à Vienne au début du siècle. Deux personnages, l'inspecteur Rheinhardt et le jeune psychiatre Liebermann, s'associent pour dénouer plusieurs crimes atroces perpétrés devant des églises de la ville.  

C'est un livre plutôt érudit, qui aborde de front l'histoire du judaïsme, évoque en passant l'avènement de la psychanalyse,  Freud apparaissant effectivement dans le récit en tant que personnage, secondaire certes mais bien présent puisque Liebermann est un de ses disciples.

Le principal avantage de ce roman policier ? Il nous plonge dans l'ambiance de Vienne, une ville complexe par son architecture (beaucoup de lieux sont cités, des églises notamment mais aussi des lieux profanes comme les bars), la gastronomie (ah, les nombreuses pâtisseries que l'inspecteur Rheinhardt déguste...), la musique (nos deux héros sont des musiciens accomplis qui s'accompagnent mutuellement, l'un au piano, l'autre au chant)... Parallèlement, l'auteur n'occulte pas l'antisémitisme en train d'enfler dans la ville et c'est l'occasion de revenir sur la longue histoire des juifs. Parfois j'ai trouvé cela trop érudit, trop pointu, un peu comme un cours d'histoire et puis finalement, je me suis laissée portée par les personnages et l'époque qui garantit quand même un sacré dépaysement !

Les Pièges du crépuscule, de Frank Tallis. Traduit de l’anglais par Michèle Valencia. Éditions 10/18. Collection « Grands Détectives ». 416 pages, 8,60 euros.

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /Juin /2009 22:32

En ce moment, je délaisse pas mal ce blog, faute de temps, de motivations et d'autres projets en cours, notamment deux marathons : marathon photo de la fnac, et bientôt marathon par équipe (parce que un vrai marathon, pas question ! je suis vraiment une coureuse occasionnelle)  ... Pourtant, au milieu de toutes ces activités, je trouve toujours le temps de lire, éperdument !

Récemment, j'ai été contacté par Suzanne du site "chez les filles" pour recevoir le polar Cadavre d'état.

Un polar ? pourquoi pas, cela faisait longtemps que je n'en avais pas lu. Mais en même temps, je me demandais si j'allais avoir le temps, surtout que j'étais branchée sur plusieurs titres de la sélection Inter que je voulais terminer avant le 1er juin, date de l'annonce du livre du prix inter 2009 (mais c'est un peu raté..).

J'ai finalement démarré ce fameux polar mais je l'ai lâché très vite, ne trouvant pas le début assez prenant. Prise de remords, (il va bien falloir que je le commente, je m'y étais engagée...), je l'ai donc repris un après midi. Et là, ô miracle, ô joie, je n'ai plus lâché ce livre avant d'en avoir terminé avec lui. 

Plusieurs remarques tout d'abord :
- j'ai mis à peu près une semaine à le lire, un peu long mais j'ai remarqué que les polars me prennent plus de temps, surtout si l'intrigue est un peu tarabiscotée et ici on est servi même si la trame reste classique.
- ce que j'ai aimé le plus, c'est suivre le personnage principal  Coralie Le Gall dans ses élucubrations pour finir l'enquête et rester à ses côtés dans ses nombreuses allées et venues.  La commissaire Le Gall ne se ménage pas pour aller au bout de l'affaire plutôt délicate qu'elle doit gérer en l'absence de son patron.  
- beaucoup de mots d'argot parsèment le texte, plutôt logique puisque c'est un polar, (quoique je ne sais pas si l'argot est un signe de fabrique du genre)  mais parfois cela m'a gênée car l'argot dans la bouche ou la pensée de la commissaire, je n'y croyais pas vraiment... L'argot, c'est plutôt le langage des malfrats, non ?  
- et il y a aussi beaucoup de mots orthographiés presque phonétiquement  : "djîne" pour jeans, "clîne" pour clean, "chêqueupe"... amusant mais lassant à la longue ! ou encore des termes inventés: "les politichiens, les ponctionnaires, les diplotames " (page 66).

L'histoire : un jeune fonctionnaire, Jean-Marc Ledauchy, découvre un mort dans son bureau du ministère de l'intérieur. Il va demander de l'aide à sa hiérarchie et aussitôt, la mécanique s'enclenche autour de ce "cadavre d'état" puisque le mort n'est autre qu'Hubert de Vaslin, conseiller occulte du premier ministre, plutôt original et attachant. La commissaire Le Gall entre en scène, tornade rousse dotée d'un caractère plutôt indépendant : "Toujours prendre à rebours, ne jamais se laisser enfermer dans le code dominant-dominé de son vis-à-vis, être ailleurs et le montrer : motarde chez les psychorigides cravatés, griffée parmi les loqdus, etc. Une des règles de Coralie Le Gall."  

Petit à petit, elle et son équipe parviennent à débroussailler l'affaire : "Si quelqu'un de consciencieux commence à tirer le fil Finances de l'écheveau, il tombera inévitablement sur le fil Homicide, et vice versa. Il arrivera aux mêmes conclusions que moi, forcément. Mon rapport, je vais en faire un piège à juge d'instruction." (page 330)  

Seulement son rapport sera condamné d'avance, trop proche d'une certaine réalité car "Les grands réseaux de la criminalité contemporaine sont devenus complexes, internationaux, omniprésents, ils sont imbriqués les uns dans les autres, ils sont incrustés dans nos circuits financiers, dans nos rouages politiques ; directement ou par la bande, ils contrôlent les médias qui nous présentent la surface des choses sans jamais nous montrer les oeuvres vives du navire sur lequel nous naviguons, ils imposent une omerta absolue à l'égard de qui ose les dénoncer..." (page 302)

Un polar vif, avec de nombreux rebondissements, notamment une fin plutôt rocambolesque...  Une bonne lecture avec une intrigue vraiment très prenante.

Site de Carnetsnord : avec les dessous de l'affaire...

Merci à Suzanne de pour m'avoir envoyé ce polar ! 


Quelques avis sur la blogosphère : NephMika - Stéphane -

Cadavre d'état, de Claude Marker, Carnets Nord, 401 pages, 18 euros.
Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Mardi 24 juin 2008 2 24 /06 /Juin /2008 19:23

Après les univers de Caryl Férey et d'Antoine Chainas, j'ai savouré avec délectation chaque page du "Carré de la vengeance" de Peter Aspe, auteur brugeois. J'avais envie de me remémorer l'ambiance si particulière (mais aussi un peu trop touristique) de Bruges et puis c'est un livre que m'a conseillé ma libraire.

Je pensais lire un ouvrage récent or l'édition originale de ce polar, en néerlandais, a été publiée en 1995  : c'est la première traduction française de cet auteur !  Ce livre est le premier de la série qui met en scène le commissaire Van In, plutôt perspicace et futé. Fumeur invétéré, amateur de bières (rien que de très normal pour un belge) mais ne dédaignant pas les vins fins et français, Van In est un flic un peu désabusé, divorcé et ayant renié un peu ses idéaux de jeunesse. L'enquête qu'on lui confie, un curieux vol de bijoux puis une affaire de kidnapping,  va lui redonner de la vigueur, d'autant plus qu'il s'amourache de la substitut du procureur, Hannelore Martens...

Au total, 333 pages de belles élucubrations policières, où l'on apprend plein de choses, de l'eau régale au carré des Templiers... Moins noir que les polars lus auparavant,  "Le carré de la vengeance" est un polar pur, où l'auteur nous promène allégrement parmi des solutions qui toutes s'annulent les unes après les autres... jusqu'à la chute finale. Peu habituée à ce genre d'ouvrage,  j'ai dû me concentrer pour suivre (et comprendre) chaque piste ! Le jeu en valait le détour mais je suis cependant un peu déçue. Même si l'intrigue, les péripéties, le dénouement sont excellents, certains personnages, eux, sont parfois un peu caricaturaux, notamment les femmes (toutes sont belles et suscitent des pensées peu orthodoxes...). De plus, j'ai trouvé le thème de la famille catho qui a des secrets peu avouables déjà ressassé ailleurs... Enfin, je ne retiendrais pas forcément beaucoup de choses de ce roman, contrairement aux "Porteurs d'Ames", qui m'a touché durablement. Finalement, que subsiste-t-il ? Des visions de maisons de Bruges, des noms à consonnance belge (ça dépayse !), un flic plutôt sympathique, timide et bon vivant... 

 
Sites complémentaires :
Albin Michel (interview de l'auteur)

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /Juin /2008 21:27

J'ai beaucoup entendu parler de "Versus" d'Antoine Chainas, ici ou ... Mais avant de me le procurer (je le lirais avec précaution et un petit peu à reculons...), je suis tombée sur le premier roman de ce jeune auteur : "Aime-moi Casanova". Un roman publié dans la collection Série Noire" chez Gallimard.  

Ce roman m'a fait une drôle d'impression mais plutôt bonne au final ! Tout d'abord, le résumé indiquait une sorte de descente aux enfers d'un flic, Milo Rojevic, dont le surnom "Casanova" semblait indiquer une certaine addiction au sexe. Bon, me suis-je dit, peut-être un roman qui va mêler libertinage et enquête policière, ça peut faire un bon mélange. Or pour le libertinage, il faudra repasser : les conquêtes de Rojevic  sont  fugaces, rapides, et sans lendemain aucun. Le plaisir est absent le plus souvent, seul subsiste un semblant d'assouvissement, éphémère et inconsistant. Pour l'enquête, on repassera aussi. Bien sûr,  l'auteur se plait à balader Rojevic, et à nous balader par la même occasion, au gré de pérégrinations parfois "exotiques", dans un club sado-maso par exemple, aux côtés d'une dresseuse de chiens...

Mais ce n'est pas cela qui m'a semblé important dans ce roman. J'ai été frappée du style de l'auteur, de sa voix, qui me semble dépasser de loin les codes du roman policier. Bien sûr, impossible de nier qu'on baigne dans une ambiance de polar : Rojevic mène -bien malgré lui- une enquête sur son collègue qui s'est désintégré dans la nature sans plus laisser de nouvelles, il a un passé plutôt lourd à porter et de sourdes menaces pèsent sur lui, y compris venant de sa corporation, forcément... Mais ce qu'on entend surtout, c'est la voix singulière d'un homme, plutôt aigüe, plutôt sombre, et c'est aussi son cri qu'on capte, au gré de ses crises de colère. Elles n'ont pas fini de résonner à nos oreilles...  

"Ils m'avaient questionné et questionné encore. Ils m'avaient regardé sous tous les angles.  Ils avaient essayé de m'amadouer, de me faire peur, de me prendre en faute, de me destabiliser. Mais, ce qu'ils avaient oublié, c'est que moi, pour tenir, j'avais quelque chose qu'ils n'avaient pas. Qu'ils n'auraient jamais. J'avais ma peur et ma colère, là, bien au chaud à côté de moi."    


Site d'"Ondes noires" une émission de la radio avec une interview d'Antoine Chainas

Par Flora - Publié dans : L'attrape-polars
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