Une vie de faussaire - Sarah Kaminsky

Publié le par Flora

"Il m'a fallu deux ans d'enquête et une vingtaine d'interviews pour faire la connaissance d'Adolfo Kaminsky, moi qui ne connaissait que "papa". Décoder les silences, percevoir entre les notes de ses récits monocordes ce qu'il ne dit pas avec des mots, comprendre les paraboles et trouver les messages enfouis sous les successions d'anecdotes qui ont rempli mes cahiers. Et il m'a fallu parfois le regard des autres sur lui pour comprendre ses choix, sa vie de faussaire, de clandestinité, ses engagements politiques, son incompréhension de la société et des haines qui l'encombrent, sa volonté de bâtir un monde de justice et de liberté." (page11)

Le ton est donné dès le prologue. Dans ce document, Sarah Kaminsky raconte son père mais n'utilise pas la troisième personne du singulier. Elle s'approprie cette histoire paternelle au point d'écrire "je". Parfois ce procédé est un peu déroutant, surtout lorsque Sarah s'insère dans le récit, pose des questions à son père, donnant au récit une forme d'interview. Des photos sont insérées au milieu du livre, d'Adolfo dans sa jeunesse et quelques-unes montrant ses  laboratoires de photos.   

Cependant, mise à part cette narration un peu étonnante (qui parle ? qui écrit ?), j'ai suivi avec intérêt les pérégrinations d'Adolfo, de son adolescence broyée par la guerre à ses premiers faux papiers. En observant la couverture du livre, j'ai eu l'impression que ce livre évoquerait surtout la seconde guerre mondiale et le sauvetage des juifs grâce aux faux papiers fabriqués par Adolfo. C'est le cas bien sûr mais pas seulement. Car après la guerre,  Adolfo combat d'autres causes, notamment l'indépendance de l'Algérie...

Au final, un très beau portrait d'homme, libre, généreux.

"
Si je m'applique à te raconter ces histoires de mon enfance, c'est parce que c'est là-bas, en Turquie, que j'ai pris conscience de deux choses fondamentales, qui par la suite ont régi et conditionné la plupart des actes de résistance de ma vie. La première, c'est le pouvoir de l'argent et les injustices qu'il génère, et la seconde, c'est que sans papiers on est condamné à l'immobilité." (pages 115-116)

  

Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire, de Sarah Kaminsky, Calman-Lévy, 258 pages, 16 €

Publié dans L'attrape-livres

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Jostein 29/03/2010 15:49


Il a ma préférence avec le documentaire de Garouste


Flora 31/03/2010 01:33



c'est vrai que ce documentaire est très fort, et celui de Garouste également, j'aime aussi celui de Hélène Castel, que j'ai rencontré au salon du livre, sans pouvoir approfondir quelques
questions...