Tibère et Marjorie de Régis Jauffret : un beau couple de déments modernes !

Publié le par Flora

Le dernier livre de Régis Jauffret, Tibère et Marjorie, publié dans la foulée de Sévère, ne m'a pas vraiment emballée même si un tel livre, un tel style, ne peuvent laisser indifférent. Assurément, il y a du panache et du cocasse dans cette plume là, couvjauffretmais aussi (surtout ?) de la surenchère, des répétitions...

 

De Jauffret, j'ai déjà lu Lacrimosa (pas eu le temps de le chroniquer sur ce blog), que j'avais trouvé très maniériste dans l'écriture mais pas de façon négative. Je me souviens d'un travail sur la langue plutôt intéressant, doublé d'une polémique autour du livre.

 

Ici, comme son titre l'indique, il s'agit d'une histoire d'amour un peu compliquée entre deux personnages, Tibère et Marjorie.  Elle veut quitter son compagnon :

 

« Va-t’en. Moi, je t’aime trop pour te quitter. Quand on aime trop, c’est comme une cuite. On ne tient plus debout, on ne peut même pas s’enfuir. On devrait changer nos noms, comme des bateaux qui changent de propriétaire. On ne sera plus ensemble, on ne sera plus les mêmes. On deviendra d’autres gens, ce serait une escroquerie de se faire appeler encore Tibère et Marjorie. »

   

"- Demain, c'est la guerre. On va repartir, chacun de son côté. On va être seuls, tu comprends ? Quand on est deux, on est à l'abri. Mais quand on est seul, c'est la guerre. Les autres ne nous aiment pas. Pas comme on s'aime nous.

Elle a fait un petit bond sur le tapis, comme si elle avait commencé à sauter sur des mines.

- Calme-toi." (page 66)

       

Autour d'eux, gravitent d'autres personnages, aux noms ou prénoms aussi étonnants : Gauthier Volvic, un ministre des affaires étrangères, Gédéon, son aide de camp, Séphora, la soeur de Marjorie...

 

L'écriture est vive, l'auteur ponctue son texte d'images étonnantes, de métaphores fantaisistes. Au début, c'est amusant. Au fur et à mesure, c'est barbant. Beaucoup de scènes sont liées au sexe ce qui donne lieu à des répliques un peu trop crues pour moi, doublées de sadomasochisme, de scatologie et de misogynie...   

 

"Avec Marjorie, ils formaient malgré tout un beau couple de déments, déments modernes, adaptés à la démence tranquille de la société d'aujourd'hui." (page 129)

 

Finalement, on ne sait pas où veut vraiment en venir Jauffret. Son texte est parsemé d'images parfois pertinentes sur la société, le monde dans lequel nous vivons mais le bouquet final n'est pas au rendez-vous, dommage.

 

Tibère et Marjorie, Seuil, 294 pages, 19 €

Publié dans L'attrape-livres

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Yv 07/01/2011 13:57


Je n'ai jamais lu cet auteur, mais l'ai entendu parler et franchement, mon impression rejoint ce que tu dis : maniériste, quelqu'un qui s'écoute ou en l'espèce qui se lit. Sûrement très bien, mais
un peu de modestie ne nuit pas aux propos.


Flora 15/01/2011 16:18



je n'ai jamais écouté le discours oral de Jauffret, à part peut être à la radio... Il reste quand même un auteur intéressant, à suivre dans le peloton des auteurs actuels. Tibère et Marjorie
n'est certainement pas son meilleur livre. J'avais préféré Lacrimosa.