Point Omega - Don DeLillo

Publié le par Flora

Le dernier roman de Don DeLillo, Point Oméga, malgré ses cent quarante pages, développe une ample réflexion autour du temps et de l'art dans nos vies.

 

La première partie intitulée "Anonymat", se déroule dans une salle d'un musée. Un homme y contemple l'installation temporaire d'un artiste*: le film Psychose d'Alfred Hitchcock projeté sur un écran mais "sans aucune bande-son" et au ralenti (alors que "la vitesse à laquelle nous percevons la réalité, à laquelle le cerveau traite les images" est de vingt-quatre images par seconde). Les visiteurs peuvent se déplacer autour de l'écran, voir l'envers de l'image. L'homme qui se tient dans la salle est littéralement attiré par l'écran, au point d'y passer toutes ses journées. Car ce qu'il y voit le sidère littéralement : "Pendant tout le temps qu'il fallut à Anthony Perkins pour tourner la tête, on eût dit que se déployait tout un éventail d'idées de l'ordre des sciences et de la philosophie et de bien d'autres choses sans définition précise, à moins qu'il n'en vît trop." L'homme sans identité, voyeur et voyant, observe les passants et leurs réactions face à l'installation. La plupart entrent, restent un instant puis s'en vont, désorientés. Lorsque deux hommes pénètrent dans la salle, l'homme essaie de deviner ce qui les motive et quels sont les liens qui les unissent. Le lecteur comprend, une fois cette sorte d'introduction terminée, que le roman va désormais se consacrer à ces deux hommes, personnages à part entière, avec une identité, un statut social ainsi qu'un passé et un avenir. L'homme anonyme est désormais occulté, mais il réapparaitra à la fin du livre.  

La deuxième partie du roman peut alors débuter, cette fois dans un désert, loin de l'espace figé et confiné du musée : durant quatre chapitres, deux personnages vont cohabiter : Richard Lester, un néoconservateur âgé, ayant participé à la guerre d'Irak, et Jim Finley, un jeune cinéaste. Dans sa maison isolée, une "retraite spirituelle", Elster aime "sentir la chaleur s'enfoncer dans son corps, sentir le corps lui-même, extraire le corps de ce qu'il appelait la nausée des Infos et de la Circulation". Malheureusement pour Finley qui souhaite le convaincre de réaliser une sorte de conversation filmée sur la guerre d'Irak, Elster "était là (...) pour cesser de parler". L'arrivée de Jessie, la fille d'Elster, puis sa disparition soudaine, repousse le projet... 

   

point_omegaCe court roman est très riche même si souvent, le sens de l'ensemble n'apparaît pas très clairement. Cependant, en creusant un peu sous la surface des lignes, des signaux clignotent, des idées se court-circuitent : au lecteur d'en saisir la vivacité. Pour ma part, j'ai été sensible aux connections que l'auteur établit entre nos existences, le temps, l'état de guerre, mais j'avoue que j'ai perdu la plupart des idées au fil de ma lecture... Il ne me reste en tête que quelques extraits :  

"Vous comprenez bien que ce n'est pas une affaire de stratégie. Je ne parle pas de secrets ou de tromperies. Je parle du fait d'être vous-même. Si vous révélez tout, que vous dénudez tout, que vous quémandez de la compréhension, vous perdez quelque chose de crucial dans le sentiment que vous avez de vous-même. Vous avez besoin de savoir des choses que les autres ne savent pas. C'est ce que personne ne sait sur vous qui vous permet de vous connaître vous-même".  

  

Dans une superbe interview donnée aux Inrocks, Don DeLillo donne quelques indications précieuses sur son texte et son univers. J'ai relevé ceci qui me semble excellent : "Un roman est un challenge pour l’écrivain et il doit l’être aussi pour le lecteur. Certains lecteurs ne suivront certainement pas mais pour ceux qui le feront, ça devient un défi intellectuel très gratifiant. Il existe un code dans mes romans, le lecteur doit le trouver. Dans celui-ci, j’ai placé des figures que j’ai développées dans les différentes parties du livre (on a un shérif dans chacune d’elles, par exemple). Je voulais créer un roman fait de connexions, de motifs qui se développent, comme si les deux parties du livre se reflétaient en miroir. Mais souvent, je n’en sais pas plus que le lecteur…".  

 

Point Oméga, de Don DeLillo, traduction de Marianne Véron, Actes Sud, 138 pages, 14,50 €

Interview de l'auteur dans les inrocks  

 

* Il s'agit de l'artiste Douglas Gordon, comme le précise la postface et de son installation 24 Hours Psycho : l'auteur a vu cette œuvre vidéo en 2006, au MOMA...

Pour info, rétrospective Alfred Hitchcock, du 5 janvier au 28 février 2011, à la Cinémathèque française (cf dossier sur France inter

Publié dans L'attrape-livres

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Clovis Simard 16/08/2012 19:28

Blog(fermaton.over-blog.com),No-22. - THÉORÈME OMÉGA.- La Science des Sciences.