Pas son genre - Philippe Vilain

Publié le par Flora

Avec Pas son genre, nous abordons le délicieux genre du roman d'amour, alors ne boudons pas notre plaisir, surtout que le résumé est plutôt alléchant : « un jeune professeur de philosophie, d'origine parisienne, est affecté dans une ville du nord de la France (ça me rappelle un film avec un facteur…). Il rencontre Jennifer, une coiffeuse, qui devient son amante ». Un professeur qui s'entiche d'une coiffeuse, cela débute comme un roman de la collection Harlequin. Sauf que le dit 

PASSSSS

professeur n'enseigne pas les mathématiques ou une langue étrangère. Non, il enseigne la philosophie et là, vous pouvez oublier la collection Harlequin.

Parce qu'un professeur de philosophie, forcément, ne peut pas s'empêcher de disserter et d'ailleurs dès le départ, le ton est donné, le narrateur se penche sur son principal défaut, à l'origine de cette curieuse relation avec cette jeune femme, forcément sous cultivée (de par son métier) : « L'indécision continue d'être pour moi une qualité, le signe même d'une mobilité de caractère, d'un certain raffinement de l'esprit, l’œuvre de la lucidité qui me fait entrevoir aussitôt les multiples possibilités d'un problème, ses avantages et ses inconvénients ». Cette indécision l'amène à rencontrer cette coiffeuse, Jennifer, enfin, pas vraiment, plutôt à remarquer cette jeune femme, alors que « Jennifer n'était pas mon genre de femme » et que « bien souvent, je n'avais rien à lui dire. La philosophie nourrissait mon existence quand les magazines people dévoraient la sienne ». Face à ce petit ami au monde plutôt éloigné de ses propres préoccupations, Jennifer fournit pas mal d'efforts car « son désir d'apprendre était amoureux ».

En dépit des multiples différences entre ces deux personnages, une histoire naît et dure assez pour en faire un livre, pas inintéressant même si la relation est vouée à l'échec. Pour expliquer à Jennifer, muée en élève, ce que représente l'acte d'écrire, le professeur établit une comparaison hasardeuse : «Ecrire un roman, disais-je, était comme réaliser une coupe, que la masse de cheveux à modeler, eh bien, c'était un peu, si elle voulait bien l'admettre, la somme des idées à laquelle un écrivain devait donner une forme... ». Risqué hors contexte, mais ça se tient...

      Dans ce livre, l'auteur décrit minutieusement les errements de cœur de son personnage, non pas amoureux mais indécis. Sous son écriture policée et souvent moraliste, surgit continuellement l'étonnement que provoque cette relation, ce choc de cultures. Et c'est cela qui est intéressant, suivre les remous pas toujours avouables que cette jeune femme provoque dans son sillage. Sauf que je reste un peu sur ma faim à la fin plutôt originale. Ce roman n'est pas tant un roman d'amour qu'un texte sur une désillusion amoureuse, savamment entretenue par l'auteur.

Pas son genre, Philippe Vilain, Grasset. 

Publié dans L'attrape-livres

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Yv 21/05/2011 20:01


Contrairement à toi, le résumé me faisait peur. par contre, le contenu du bouquin m'a plutôt emballé, notamment l'écriture de Philippe Vilain.


Flora 22/05/2011 18:24



oui il a une belle écriture c'est certain... il emprunte un peu je trouve aux moralistes...