Mendiants et orgueilleux - Albert Cossery

Publié le par Flora

Après avoir découvert par un heureux hasard les couleurs de l'infamie d'Albert Cossery, j'ai prolongé ma découverte de cet auteur avec un autre roman : Mendiants et orgueilleux.

Même si j'avais adoré les couleurs de l'infamie, ce texte court m'avait laissé cette curieuse impression que l'auteur ne développait pas tout son génie, et même qu'il le bridait, à dessein, pour qu'on retourne vers ses autres livres...

En lisant Mendiants et orgueilleux, j'espérais retrouver ce qui m'avait plu de façon décuplée, puisque le roman est un peu plus étoffé (213 pages). J'ai bien retrouvé la belle ironie mordante d'Albert Cossery, ainsi que des personnages étonnants, à commencer par Gohar, cet ancien philosophe devenu mendiant, par choix : "C'était toujours la même chose : cet émerveillement qu'il avait devant l'absurde facilité de la vie. Tout était dérisoire et facile." Le roman se passe dans les rues du Caire, parmi une foule de "mendiants loqueteux, des ramasseurs de mégots, des marchands ambulants". Or cet homme respecté et respectable, malgré sa déchéance sociale, commet un meurtre. Autour de lui, nous croisons alors plusieurs personnages, ses amis Yéghen, qui lui fournit du hachisch, et El Kordi, un jeune fonctionnaire, Set Amina, la tenancière d'une maison close, un voisin cul-de-jatte et le policier homosexuel Nour El Dine, qui enquête sur ce meurtre.

Je me suis un peu ennuyée au milieu du roman, par contre j'ai trouvé la fin plus tonique car Albert Cossery disserte avec talent sur l'orgueil des uns, la folie ou la sagesse des autres. Et curieusement, je reste encore sur ma faim avec cet auteur, même si j'ai approfondi sa vision du monde si particulière...

" Maître, je ne comprends pas. Comment peux-tu rester insensible aux agissements de salauds qui abusent de ce peuple ? Comment peux-tu nier l'oppression ?

Gohar éleva la voix pour répondre.

- Je n'ai jamais nié l'existence des salauds, mon fils !

- Mais tu les acceptes. Tu ne fais rien pour les combattre.

- Mon silence n'est pas une acceptation. Je les combats plus efficacement que toi.

- De quelle manière ?

- Par la non-coopération, dit Gohar. Je refuse tout simplement de collaborer à cette immense duperie.

- Mais tout un peuple ne peut se permettre cette attitude négative. Ils sont obligés de travailler pour vivre. Comment peuvent-ils ne pas collaborer ?

- Qu'ils deviennent tous mendiants. Ne suis-je pas moi-même un mendiant ? Quand nous aurons un pays où le peuple sera uniquement composé de mendiants, tu verras alors ce que deviendra cette superbe domination. Elle tombera en poussière. Crois-moi".

En cherchant sur internet, ce roman est paru en 1955. Deux adaptations cinématographiques ont été tirées du roman : le film de Jacques Poitrenaud, avec Georges Moustaki dans le rôle principal et un film de la cinéaste égyptienne Asma El Bakri. Et, depuis 1991, le dessinateur Golo a eu envie d'en faire un bande dessinée. 

Mendiants et orgueilleux, Albert Cossery, éditions Joëlle Losfeld, collection arcanes.

 

Publié dans L'attrape-livres

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