Les soeurs Brelan, un sacré triptyque de caractères

Publié le par Flora

J'apprécie beaucoup l'écriture particulière de François Vallejo, surtout depuis la découverte d'un de ses romans Madame Angeloso de mon point de vue époustouflant ! De lui, j'ai lu aussi Ouest, prix du livre Inter 2008. C'est d'ailleurs grâce à cet opus que j'ai découvert son univers singulier. Récemment, j'ai craqué pour son dernier roman, dévoré durant les vacances de la Toussaint. Très belle découverte.

   

Trois sœurs se partagent la vedette dans le dernier roman de François Valléjo : Marthe, Sabine et Judith qui se retrouvent orphelines à la mort de leur père, leur mère ayant déjà disparu. L'aînée, grâce à sa toute récente majorité (21 ans à l'époque, l'action se déroule juste après la seconde guerre mondiale) prend ses cadettes sous son aile protectrice, n'en déplaise à leur tante qui souhaitait devenir leur tutrice. Les liens singuliers qui unissent les trois sœurs décident le juge en leur faveur, contrairement à la bienséance de l'époque (et de la situation familiale) :

"Est-il normal qu'un homme de sa fonction abandonne le projet qu'il défendait jusqu'ici avec des adultes de la famille, pour passer sans prévenir dans le camp de trois gamines irresponsables, et de venir leur complice". Il est « frappé, à l'inverse des autres, par le jugement des sœurs Brelan, par leur aplomb. Comment dire ? Séduit. » (page 18).

 

soeurs-brelan-copie-1Et c'est ainsi que les trois jeunes filles se retrouvent seules dans leur grande maison, livrées à elles mêmes. D'abord un peu apeurées, elles s'organisent. Marthe décide de travailler pour subvenir aux besoins de la maisonnée, ce qui sera l'objet d'une première partie. Logiquement, la seconde partie est centrée sur Sabine, la deuxième des filles Brelan, qui prend le relai pendant la convalescence-absence de Marthe, épuisée par son travail et ses responsabilités. Plus ambitieuse que son aînée, elle s'amourache d'un allemand et part vivre à l'étranger, avec en toile de fond le mur de Berlin.

 

Enfin, la troisième partie s'attache à Judith, au caractère entier, qui "aimait seulement dire le contraire de tout le monde" (page 143). Elle refuse de travailler. Elle ne va plus étudier au lycée. Elle n'est pas attirée par les hommes, avant de s'attacher à un caractère aussi original qu'elle : un meurtrier...  

 

"Judith parle toujours sans savoir et se donne l'air de savoir mieux que ses sœurs Elle prétend que leur père lui parlait plus qu'aux autres, malgré son jeune âge. C'était comme ça, la plus mûre des trois. Elle le croit toujours, persuadée, alors qu'elle reste enfermée toute la semaine, de mieux comprendre le monde et les hommes que ses sœurs réunies. (page 49).   

 

Agaçante, Judith, mais sacrément attachante... Surtout qu'elle ne se gêne pas pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Les convenances, encore et toujours : "Pourquoi les femmes devraient-elles avoir le sens des convenances ?" (page 59). Peut-être la plus attirantes des trois sœurs Brelan, celle qui résiste constamment, qui s'oppose à tout et à tous, au point d'exaspérer ses sœurs, pourtant enclines à la surprotéger.

  

A chaque fois, les liens unissant les 3 sœurs sont tellement forts qu'ils les sauvent d'un procès, de la pauvreté ou pire encore, d'être séparées car

"Trois, elles étaient trois et partageaient trois habitudes : s'accorder d'un coup d’œil, se taire au même moment et parler toutes à la fois. Séparées, elles se sentaient perdues, on pouvait s'imposer à elles. Si elles osaient prendre la parole, les sœurs Brelan, c'était ensemble. On ne s'entendait plus, elles parlaient trois fois plus fort, elles n'auraient peur de rien." (page 9, début du roman).

 

Après de multiples péripéties, l'auteur réunit à nouveau les trois sœurs chez un juge, ce qui permet de boucler la boucle.

 

Un beau roman, avec de très belles figures féminines, une écriture toujours un peu déséquilibrée, qui plonge dans les consciences des divers personnages pour mieux faire ressortir leurs voix singulières. Un roman qui mêle la fiction pure à divers éléments historiques, comme l'évocation de l'architecte Le Corbusier ou encore la construction du mur de Berlin, à laquelle les trois sœurs assistent (ainsi qu'au final du roman sa déconstruction) :

"Et tous les murs construits par les hommes, il fallait des femmes pour les démolir." (page286).

 

Les soeurs Brelan, de François Valléjo, éditions Viviane Hamy, 2010, 19 euros.

 

Publié dans L'attrape-livres

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Hélène 30/12/2010 12:32


J'ai adoré ce roman, tellement gai et frais, ce qui change de la majorité des romans lus...


Flora 30/12/2010 19:21



oui je te rejoins, le ton de ce livre est gai, les personnages mènent leur vie de façon carrément libre, et l'ensemble est bon, très bon, Valléjo a décidément une sacré belle plume mais avec le
recul, je pense que je préfère toujours un autre de ses livres, à savoir Mme Angeloso... (pour moi le summum !)