Les papys fugueurs

Publié le par Flora

En pleine canicule, une jeune femme, Blanche, débarque dans la maison de retraite des Roses pour y animer un atelier d’écriture, afin d’insuffler un peu de mouvement dans la vie de vieilles personnes pétries d’habitudes. Un petit groupe de huit participants se forme autour d’elle. Leurs souvenirs et bribes de vie affluent car « l’idée… est d’écouter l’histoire que raconte chacun de vous« . L’auteur évoque peu les consignes ou jeux d’écriture propres à ce type d’atelier. Elle se focalise plutôt sur la parole des résidents, Blanche relatant ce que les participants évoquent au fil des séances :

« Nous sommes entrés dans un chapitre qui devient intime, je suis d’accord avec vous, Stan, et Renée l’a ouvert sans nous prévenir. Mais ça fait partie des surprises d’un atelier. J’ai demandé un exercice de mémoire, il faut voir ça aussi. De mémoire, pas d’invention. Vous avez parfaitement entendu, Renée a affirmé qu’elle avait fermé la porte sans regrets, une valise dans chaque main, laissant son assureur de mari et leurs deux filles endormis ».
chocas.png

Comme Renée, une des figures ayant le plus de relief (une ancienne libraire, certainement accorte), nous croisons dans ce roman plusieurs personnages attachants, dont les trajectoires rejoignent la grande histoire. Parallèlement, l’auteur alterne des chapitres plus sensuels, car la fraîche et douce Blanche, un peu paumée aussi, vit une relation physique intense avec « un quasi-inconnu ». Le roman aurait pu en rester là et devenir un recueil des souvenirs de huit comparses plutôt âgés. Mais la deuxième partie est plus inattendue : la bande de vieux se fait la malle en kidnappant Blanche…

J’ai apprécié la fantaisie et le charme de ce roman, même si mon attention s’est relâchée au fil du livre. J’ai été moins séduite par la deuxième partie, beaucoup moins réaliste que la première. Et la façon dont l’auteur retranscrit la parole des petits vieux, par l’intermédiaire de Blanche qui répète patiemment ce qu’elle entend, à l’instar d’une accoucheuse de mots (parfois de maux), m’a un peu agacée. Cependant, l’écriture est ciselée, pleine de trouvailles, parfois poétiques.  Une belle humanité se dégage de l’ensemble, un amour de la vie aussi. Je le conseille donc, même si l’ensemble manque un peu de rythme, à mon goût.

« On ne rouille pas de vieillesse, on ne se ratatine pas parce qu’on manque de sommeil, de soupe ou de couverture chauffante ! On rouille de la fuite du désir. »

PS : le titre -génial mais qui peut faire peur- reprend une phrase d’une interview de l’artiste François Morellet 

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, Viviane Chocas, Editions Héloïse d'Ormesson, 174 pages, 17 €

Editions Héloïse D'Ormesson

ico_322x228.jpg

 

 

  Reçu et lu dans le cadre du

  coup de coeur des lectrices  Fémina :

  merci à Femina !


 

Publié dans L'attrape-livres

Commenter cet article