La gifle - Christos Tsiolkas

Publié le par Flora

Après avoir lu l'homme qui aimait les chiens du cubain Padura, j'avais programmé La Gifle de l'australien Christos Tsiolkas. Que j'ai avalé en une semaine, assez facilement, heureuse d'un peu de légèreté après un si grand roman (celui de Padura). En effet, quand on côtoie de près l'assassin de Trotski, l'histoire d'un gamin qui reçoit une gifle semble légère et sans grand intérêt. Or cette gifle est le grand prétexte de ce roman. Prétexte pour analyser les moeurs d'une petite communauté familiale d'australiens, d'origine grecque, à laquelle se joignent d'autres personnages liés à cette communauté par d'autres liens que ceux familiaux. Cette gifle avait de quoi susciter ma curiosité, puisque j'élève un petit garçon de bientôt six ans, et forcément en tant que parent, on s'interroge en permanence  sur l'éducation de son enfant.

D'abord, il faut le reconnaître, l'auteur manie assez bien son affaire : le gros roman de 466 pages se lit vite et sans ennui. La structure du livre est simple mais sacrément habile : huit chapitres centré chacun sur un des personnages : le lecteur découvre ainsi la petite communauté par les yeux d'une des personnes, ce qui lui permet de croiser les informations glanées tout au long du livre. Autre intérêt : une plongée dans la vie quotidienne de chacun, avec moult détails, notamment relatifs à la sexualité, souvent désordonnée. Ce qui donne des scènes souvent croustillantes mais aussi triviales. Personnellement, à maintes reprises, je me suis sentie partagée entre ces deux impressions, même si la plupart du temps, j'ai pris du plaisir à lire ce roman. Les personnages sont très attachants et nous ressemblent dans leur quête du bonheur, pas toujours évidente pour certains.

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Hector est celui qui ouvre le roman et qui nous présente cette communauté au départ unie. Issu de parents grecs venus s'installer en Australie, père de deux jeunes enfants, Hector est marié avec Aisha, d'origine indienne. Le père d'Hector fera l'objet d'un chapitre lui aussi, et la jeune génération ne sera pas oubliée puisque deux adolescents seront présentés. Aisha a deux amies qui sont elles aussi au coeur du roman : Rosie, dont le fils reçoit la fameuse claque et Anouk, sans enfant. 

La gifle est un roman dans lequel on débat souvent de thèmes liés à la perte de valeurs comme le respect, la famille, le devoir... La drogue est quasi omniprésente : les personnages y ont recours régulièrement, ce qui m'a souvent heurté mais reflète forcément notre époque. L'Australie, malgré la distance géographique, n'est pas si éloignée de l'Europe... Autre thème, le racisme, qui s'insinue à chaque page, sous les jurons intérieurs d'Harry, le cousin d'Hector (un des plus repoussants et caricaturaux personnages du roman à mon goût !), de Gary, le mari de Rosie ou encore d'autres.

Le style de l'auteur est fluide : le fait qu'il soit scénariste pour la télé ne doit pas y être étranger. Ce qui m'a plu, c'est le jeu de massacre qu'il institue  dans chaque paragraphe. Chacun trompe l'autre : son mari, sa femme, ses parents, ses enfants, son ami... Et c'est la vie qui défile avec son cortège de tromperies ou d'abandons, parfois nécessaires. Celui qui incarne le mieux cette difficulté d'être un homme, c'est le vieux Manolis, le patriarche de la communauté. En retrouvant fortuitement des amis à lui, que la vie avait éloigné, la mort ainsi que la maladie se rapprochent, mais l'amitié demeure. Ce vieil homme m'a paru réconfortant parmi toute cette galerie d'égoïstes. Ouf ! si les valeurs se cassent toutes la figure, au moins subsiste un peu d’espoir et de sagesse ! 

La gifle - Christos Tsiolkas, traduit par Jean-Luc Piningre, Belfond, 480 pages, 22 euros

 

Publié dans L'attrape-livres

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Isa 28/03/2011 18:42


Perso, j'ai adoré. C'est un livre qui dérange, plutôt politiquement incorrect mais qui pousse à la réflexion.


Joelle 27/03/2011 21:44


J'ai lu toute une série d'avis mitigés sur ce livre mais là, cela fait un petit moment que je lis des avis positifs :) Je sens que je vais être obligée de lancer une résa à la biblio car il me
tente de plus en plus !


Flora 28/03/2011 18:00



Tu peux l'essayer, personnellement ce livre m'a un peu dérangée par le contenu et les allusions au racisme, à l'hypocrisie, etc... Ce livre ne remue pas des choses très reluisantes, on n'en sort
pas grandi ! 



Yv 25/03/2011 15:01


Je suis déçu par ce roman qui finalement laisse espérer plus que ce qu'il n'apporte. trop superficiel. Pas terrible.


Flora 28/03/2011 17:57



Je suis mitigée sur ce roman, et effectivement il y a des manques : en style, en contenu. Par contre, tout n'est pas jeter mais globalement c'est plutôt sombre !