Efina de Noëlle Revaz

Publié le par Flora

J'ai tort de ne pas assister aux "cafés littéraires" de la bibliothèque des Justices à Angers,qui ont lieu à peu près tous les deux mois, le samedi matin. Le principe en est simple : présenter un livre coup de coeur devant d'autres lecteurs. Et pour ceux qui ne peuvent y participer, les bibliothécaires exposent sur des étagères spécifiques les ouvrages plébiscités. Et c'est comme ça que j'ai emprunté Efina, me fiant au goût très sur d'un lecteur ou d'une lectrice anonyme : belle découverte !

   

"Efina, écrit-il, Je me permets de vous écrire puisque nous nous sommes croisés l'autre soir. Nous n'avons pas pu nous parler et je sens la nécessité de noircir encore une page. Dès que je vous ai vue, je l'ai compris, il n'y a rien eu entre nous. C'est ce que je voulais vous dire : que c'était du vent, que tout est mort et que j'en suis soulagé. Je suis sûr que vous l'êtes aussi. Mais peut-être saviez-vous déjà que nous n'avions rien à nous dire et vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai repris le stylo. C'est que je veux que tout soit clair. Je veux raser tous les fils. Vous m'êtes très indifférente, vous êtes une femme quelconque et j'espère l'être aussi pour vous. Je souhaite que vous trouviez dans cette vie le bonheur car, si j'ose m'avancer, vous ne m'avez pas paru extrêmement épanouie. Recevez mes meilleurs messages, T." (page24-25).

 

 

 

Efina, c'est une drôle de relation qui s'instaure entre deux personnages, Efina, une belle jeune femme de trente ans et T., un homme de théâtre qui illumine la scène mais dont la vie est plutôt instable. Le lecteur suit avec amusement cette curieuse relation faite d'indifférence alliée à de l'attirance irrésistible. Nos deux tourtereaux ressentent le besoin de s'écrire et l'auteur parsème son récit de ces missives qu'ils ne peuvent s'empêcher d'écrire... 

 

«Je passe ma vie à vous écrire et c’est la chose que j’ai faite le plus sérieusement

 

J'ai beaucoup aimé le ton de ce livre, car l'auteur use d'une ironie mordante en décrivant l'attirance magnétique qui lie  ces deux personnages : ils s'évitent, s'empoignent avec des mots puis avec des actes, ils se trouvent, s'éloignent avant de se perdre de vue... Bref c'est un vrai jeu de massacres, en témoigne cette correspondance souvent amusante car ils ne peuvent s'empêcher de s'envoyer des courriers. C'est ce qui fait tout l'intérêt de ce roman drôle, ironique, déguster ces fameuses lettres qu'ils s'envoient à la figure tout autant qu'à l'esprit. La cruauté n'en est pas exclue bien entendu ! Très agréable à lire, le style est limpide, sans fioritures, bref pour conclure c'est très original et fin. Laissez-vous tenter par Efina !

 

Efina, de Noëlle Revaz, Gallimard, 182 pages, 14,90 €

 

Une interview de l'auteur sur le site de Gallimard 

Un article d'Eric Loret dans Libération , une autre de Christine Ferniot dans Télérama 

Publié dans L'attrape-livres

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