Je viens de relire Paris-Brest de Tanguy Viel, dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle. Je l'avais déjà lu en mai, sans avoir eu le
temps d'en parler sur ce blog. Ce livre fait partie de la sélection pour le prix Inter 2009, sélection que j'avais commencé à lire en partie.
S’agissant d’une histoire de famille, particulière et en même temps commune comme toutes les histoires de famille, les ingrédients sont les suivants pour réaliser la recette du
Paris-Brest, à la façon Tanguy Viel : prenez un fils, mal aimé, peu sûr de lui, ayant des velléités
d’écriture, ce sera le narrateur. Ajoutez-lui une mère, ne quittant pas son serre-tête, manipulatrice, plus qu'attentive au quand dira-t-on et un père mauvais gestionnaire et absent. Complétez le
tableau par une grand-mère, héritière sur le tard d’une énorme fortune et d’un frère footballeur. N’oubliez pas l’ami du narrateur, une mauvaise fréquentation, dirons les mauvaises langues,
normal vu ses ascendances... Saupoudrez le tout de non-dits, de mensonges et d’une bonne dose d’hypocrisie et vous aurez un parfait « roman familial ». (certains ingrédients se laissent mélanger, mais il convient pour d'autres de laisser mariner).
Paris-Brest, c’est une histoire à plusieurs tiroirs qui s’emboîtent les uns dans les autres. Premier tiroir, celui de l’autobiographie : le narrateur décrit des faits qu’il relatera ensuite dans un texte, dont le lecteur n’aura pas la primeur mais qu’il devine sans grand mal. Ce texte sera évoqué à la fin du récit, puisque la mère n’aura de cesse de le lire, dévorée par la curiosité et la peur d’être dévoilée au grand jour. Elle y mettra même le feu. Tout le roman est parcouru par un jeu entre ce qui est vrai (les souvenirs, les personnages, les faits) et ce qui est relaté donc transformé par l’acte d’écriture. Deuxième tiroir, celui du roman policier : à mesure que les pages se tournent, le suspens s’épaissit, d’autant plus qu’une grosse somme d’argent est en jeu, aiguisant les appétits des uns et des autres. Mais là encore, l’auteur joue avec les codes du polar. Troisième tiroir : celui du roman familial. La famille, source inépuisable d’inspiration. L’atmosphère ici est lourde de menaces, de violences contenues. La famille, un terrain miné.
Mon avis : pour moi, c’est un roman très original, qui se joue de tous les codes romanesques. Un style très particulier, avec beaucoup de répétitions. En le relisant après coup, je trouve ce livre très riche, à un point tel qu'une relecture n'épuise pas tous les sens. A l'instar des voyages du narrateur entre Paris et Brest, l'auteur fait des va et vient permanents entre la vie et la littérature... Un bon et beau gâteau, au goût amer…
Les avis éclairés de Sandra (blog murmures intérieurs), Yves, Clochette, Sandra , Bookomaton
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