Ne crachez pas sur l'"Eau-de-feu" de François Nourissier

Publié le par Flora

Je n'ai pas craché sur l'"Eau-de-feu" de François Nourissier. C'est le moins qu'on puisse faire avec ce titre superbe, aux nombreuses critiques élogieuses...  La femme du narrateur, prénommée Reine, a disparu dans les vapeurs de l'alcool. La faute à qui ? A celui qui tient ce récit morcelé, qui parfois se présente sous le surnom de "Burgonde" ?
"Je parle de la tristesse d'être en train de perdre Reine. Où est-elle, Reine ? Quels ciels, quels songes traverse-t-elle au dessus de ces nuages de suffocations, de ronflottements, tout ce vacarme de forge asthmatique qui fait ressembler son sommeil à un coup de tabac sur la mer ?"
(page 113)



En connaissant le sujet du livre, on pourrait penser qu'il va se rapprocher du témoignage teinté d'un soupçon de moralisme. Or François Nourissier nous convie à bien autre chose. Il nous invite à partager ses souvenirs teintés de mélancolie, à assister à la mort annoncée de son couple, à croiser divers personnages, certains appartenant au monde des lettres et à débattre enfin de sa conception même de l'alcool :

"A chaque composante de l'ébriété que je parviendrai à isoler et à définir, je verrai un peu plus clair dans la question posée : comment glisse-t-on de l'ivresse-jeu (la gaminerie du joli causeur qui doit sa grâce à un verre dans le nez) à l'ivresse-mort, à l'humiliation de l'image humaine ?" (page 155).  

Ce qui domine dans le récit, c'est une pudeur extrême, qui protège l'auteur et évite au lecteur de trop s'apitoyer. Et puis, François Nourissier est un amoureux des mots. Il les distribue comme un joueur de poker distribue ses cartes, avec dextérité. Souvent,  j'ai buté sur tel vocable inconnu. Peu importe.  Cette "Eau-de-feu" flamboyante laisse un goût brûlant. Des mots à déguster sans modération :

"On ne lutte pas contre l'alcool. Ce n'est personne, l'alcool, ce n'est pas une volonté, c'est un effet. Soudain, avec lui, il se passe quelque chose là où stagnaient les basses eaux de la fatigue, de l'à-quoi-bon. Du rire. De la colère. On ne lutte pas contre l'alcool à moins d'en être soi-même la victime (...). L'alcool n'a pas d'honneur, on ne se bat pas en duel contre lui." (page 179)    

Des avis sur ce livre :    
Le Golb        Cuné          Evene     Le western culturel       Télérama      Lire 
Nouvel observateur

Publié dans L'attrape-livres

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Thom 07/02/2009 08:13

Je ne sais pas si c'est si étonnant... Nourissier n'est pas très connu du grand public, et puis il a cette réputation (pas très juste) d'auteur "élitiste" des années 50 / 60... donc ça ne me surprend pas vraiment ; ça n'a pas trait à ce livre-ci, mais à l'œuvre entière de Nourissier, dont j'ai rarement entendu parler sur la blogosphère.

Bon week-end :-)

Thom 05/02/2009 15:11

Content de voir que je ne suis pas le seul à avoir flancher devant ce livre. Et merci pour le lien ! :-)

Flora 06/02/2009 21:27


Curieusement pas beaucoup de blogueurs ont lu ce livre... Moi je l'avais repéré il y a un petit moment et j'ai été très contente de découvrir cet auteur.


Finette 28/01/2009 11:06

Ce titre est dans ma Lal. Ce sera le premier livre de François Nourissier que je lirai.

Flora 06/02/2009 21:37


Pour moi aussi ce fut la première lecture de Nourissier... A découvir pour la langue superbe...