Effluves peu reluisantes mais ô combien attirantes dans "Une éducation libertine"

Publié le par Flora

J'avais lu une critique dans le Monde d'"Une éducation libertine" de Jean-Baptiste Del Amo qui avait attiré mon attention et celle parue sur le blog d'Aymeric Patricot a achevé de vaincre mes résistances, notamment sur le fait que ce roman compte quand même 432 pages ! (Petite parenthèse* perso : plus ça va, plus je deviens paresseuse, car je calcule que lire un roman de 400 pages va m'occuper plusieurs soirées, ce qui se traduit par une désaffection, certes momentanée, de ce blog). Et même si sa lecture est plutôt aisée, j'avoue que j'ai eu du mal à finir ce texte plutôt dense mais ô combien riche, d'idées et d'odeurs.


Pourtant, dès les premières pages le ton est donné : l'auteur suit les pas de Gaspard, un jeune paysan breton monté à Paris pour changer de vie... Dans le sillage de Gaspard, l'auteur nous plonge littéralement dans l'étuve de Paris, au dix-huitième siècle, où les odeurs étaient évidemment moins domestiquées qu'aujourd'hui... Et où les déchets divers n'étaient pas recyclés !

Ainsi, de prime abord, ce jeune auteur de 26 ans ne prend pas de gant avec son lecteur. Il lui fait renifler toutes les odeurs de la rue au risque de susciter le dégoût tant celles-ci sont peu reluisantes :

"Dans cette géhenne, la chaleur de l'été collait aux visages comme un masque, drapait les corps de feu, tuait les bêtes qui tentaient de survivre en quelque coin d'ombre, suffoquait les femmes aux poitrines poisseuses. Les glandes sudorales déversaient par flots leurs humeurs. Jaillies d'aisselles velues, elles s'écoulaient des fesses aux flancs puis sur les jambes. Fondue comme du beurre sur les fronts, la sueur piquait aux yeux, répandait son sel aux bouches haletantes. La crasse s'écoulait comme un sédiment, marquait les plis aux articulations de traces noires." (p13)

Construit en quatre partie, "Le Fleuve", "rive gauche", "rive droite", "la Seine", le roman décrit l'ascension puis la chute de Gaspard. Souvent, j'ai ressenti du dégoût lors de cette lecture, tant l'auteur insiste sur l'abject, les détails triviaux, la puanteur qui se dégage des êtres et de la Seine, ici personnage à part entière du roman. Jean-Baptiste Del Amo suit les pérégrinations de son personnage au plus près de la réalité, sans aucun doute historique : les gueux, les affamés, dont Gaspard fait partie au début du récit, les petits métiers harassants, la bourgeoisie et son ennui palpable... 

L'auteur, sur son blog, livre quelque "secret" d'écriture : "J'ai fait des recherches historiques, surtout sur la manière dont les gens investissaient la rue : comment ils y vivaient, quelle était leur relation au corps, à la sexualité, à l'hygiène... Mais je voulais surtout raconter une histoire contemporaine. Ce qui arrive à Gaspard pourrait très bien arriver à un jeune homme qui viendrait à Paris aujourd'hui. Donc j'ai aussi mené des recherches  plus actuelles, par exemple dans le milieu de la prostitution, pour mieux le comprendre et le traiter avec un éclairage contemporain. Puis, j'ai laissé de côté toutes ces recherches pour inventer une histoire. Je n'ai pas cherché de vérité historique. Paris par exemple, est très fantasmée dans le livre, elle est un personnage, presque dôté de volonté" écrit-il à Céline, jeune fille le questionnant sur la genèse du livre.
  
 
Souvent, j'ai pensé au héros du
Parfum de Suskind. Mais les deux itinéraires des personnages diffèrent. Gaspard a souvent peur de perdre son identité, tant les évènements malheureux le font vaciller. Il n'a de cesse de faire entendre son prénom, au vu et au su de tous. En témoigne la très belle scène du bordel dans laquelle Gaspard, face à son premier client, ne cesse de répéter son prénom... 
 
Finalement, j'ai avancé dans ma lecture par curiosité de connaître le destin de Gaspard, d'abord ouvrier misérable, employé d'un perruquier à la faveur du hasard, prostitué et finalement... Si vous souhaitez connaître l'étonnante trajectoire de Gaspard, dans la pure lignée d'un Rastignac, lisez ce livre ! 

Quelques critiques : 
- blog de J Bernhy

- Le Temps (Genève)

TV5  

- à l'ombre du cerisier
- chroniques du plaisir

Et le blog de l'auteur :  http://del-amo.over-blog.com/

* Pour fermer la parenthèse, je crois que je vais désormais choisir des livres courts, et pourquoi pas ceux destinés à la jeunesse et notamment aux adolescents ? Une collègue rencontrée à la bibliothèque m'en a conseillé deux, cf. "lecture(s) actuelle(s) "...  

Publié dans L'attrape-livres

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Commenter cet article

Joelle 12/11/2008 18:07

J'avais un peu peur de ne pas trouver le style à mon goût, de le trouver trop ampoulé mais au vu de l'extrait que tu cites, cela me parait plutôt bien :)

Flora 12/11/2008 22:55


Oui tu peux essayer, par contre c'est un peu long, il faut s'accrocher, j'ai passé quelques soirée plongée dedans... mais je ne le regrette pas,  le voyage fut intéressant même s'il charrie
des effluves contraires... Peut-être la naissance d'un grand écrivain ?


kathel 23/10/2008 22:49

Je suis tentée, par curiosité, mais en même, il y a tellement d'autres livres ! ;-)

Flora 24/10/2008 21:06


Effectivement, il y a beaucoup d'autrres livres ! Comment choisir ? Je crois qu'il est nécessaire de suivre certaines pistes, pistes personnelles j'entends, pas forcément celles qui nous semblent
évidentes... "Une éducation libertine" est une plongée dans un Paris olfactif du 18e siècle, plongée parfois sordide, parfois lumineuse... C'est un livre imparfait, mais qui
recèle des trésors, à qui sait les déceler...  


sylire 23/10/2008 19:12

Je ne suis pas totalement convaincue...

Flora 23/10/2008 21:21


Effectivement, cela peut faire peur ! quelqu'un a écrit "il faut avoir le coeur bien accroché" pour lire ce texte et c'est exactement cela...