"Déneiger le ciel" d'André Bucher

Publié le par Flora

J'ai découvert André Bucher ce week-end en lisant son très beau roman "Déneiger le ciel".  J'ai plongé tête baissée dans ce livre magnifique, vivifiant, simple et beau. Je ne connaissais pas les éditions Sabine Wespieser jusqu'alors et je pense que lire André Bucher est une porte d'entrée plutôt réussie pour découvrir cette maison d'édition*...

Le point de départ du récit est très simple : David, la soixantaine, veuf, vit dans une ferme isolée dans la région de Sisteron.  Il attend son fils d'adoption Antoine pour fêter Noël. Ne le voyant pas arriver, il se décide à aller à sa rencontre...  Et les souvenirs affluent, les êtres aimés autrefois, disparus aujourd'hui, viennent le hanter durant sa marche. Les vivants aussi l'appellent... Un beau portrait d'homme, sensible à ce qui l'entoure, le spectacle de la nature, toujours renouvelé mais jamais identique, les animaux comme les hommes et les femmes  croisés sur son chemin.

J'ai trouvé ce récit très beau, pur, un peu comme le personnage de David, en totale osmose avec la nature. Et après avoir lu une petite biographie d'André Bucher parue sur le site  des Editions Sabine WESPIESER, je comprends mieux la démarche de l'auteur.   

Voici quelques extraits qui donnent un aperçu de l'écriture d'André Bucher, limpide, sans fioritures, révélant une grande force intérieure.

"Pour la première fois de sa vie, il ressentait à leur paroxysme l'importance et la réalité de tous ses êtres chers [...]. Il se sentait responsable d'eux mais à sa manière. Un peu compliquée, subtile, très personnelle. Qui échappait au sens commun, divergeait du point de vue habituel, pénal, patriarcal ou fraternel. Il s'aventurait dans un tunnel, ou un entonnoir béant, au fond duquel il pêchait les âmes. Chaque fois qu'il en attrapait une pour s'assurer que tout allait bien ainsi qu'un pêcheur examine la taille de sa prise, il la relâchait dans la rivière ou dans l'espace. Le tunnel s'allongeait, sans fin. Si marcher seul induit que chaque pas accompli  ressemble à un mot qu'on prononce, d'ici que je remonte, j'aurai de quoi écrire un roman, un journal intime."(p.132-133).

Ce texte peut s'apparenter parfois à un monologue : on suit les pas et les pensées de David au fil de sa progression difficile dans la campagne enneigée. Cependant, André Bucher insuffle aussi du rythme dans le récit, un peu de suspense : on se demande si David parviendra à retrouver Antoine dans un premier temps, et puis Pierre, ensuite, un vieil homme isolé lui aussi dans sa ferme.  

"David souhaitait un mot approprié. Commémoration. Non, trop pompeux, cérémonie, plutôt. Tel était le sens de cette journée interminable passée à accompagner les corps et à déneiger tout ce qui les entrave. " (p. 139).

Muriel, l'amie de David avec qui il entretient une relation amoureuse un peu compliquée, lui confie un jour qu'elle "[...] n'arrive même plus à lire [...]. Les écrivains me fatiguent. Ils croient que tout ira bien pour eux en publiant des livres qui racontent des histoires où ils s'échinent à dire que tout va mal." (p. 1222-123).  

Ici c'est tout le contraire ! André Bucher raconte une histoire dans laquelle tout va (presque) bien pour son personnage :  malgré tout, malgré les éléments hostiles, malgré les souvenirs difficiles, malgré la vie elle-même,  il parvient à trouver un équilibre, son équilibre...

Je passe sous silence les petits trésors de ce livre, les petits riens ou évènements dont André Bucher, mine de rien, parsème son texte, étoffe son récit, sans excès ni ostentation. Je les passe sous silence car c'est à chacun de les découvrir, à travers sa lecture.  

*sur le blog de Sylire, j'apprends qu'en fait André Bucher a quitté les éditions Sabine Wespieser...

Des blogs et sites sur André Bucher :
- le blog de Sylire
- le blog d'Yves
- la lettrine
- Cuné
- le matricule des anges (très belle analyse du roman)
- A l'ombre du cerisier

Publié dans L'attrape-livres

Commenter cet article

Benoît 20/02/2014 16:37

Diffusion VOD du documentaire "André Bucher, entre terre et ciel"
http://vimeo.com/ondemand/andrebucher
http://andrebucher.tumblr.com

Joelle 16/07/2008 18:46

De mon côté, j'ai du m'enliser dans la neige omniprésente dans le roman car je n'ai pas trouvé grand chose qui me plaisait dans cette lecture ! Mais c'est vraiment un livre à lire quand on est dans l'humeur requise et je pense que j'avais besoin de plus d'action à ce moment-là ;)

Flora 17/07/2008 21:33


je comprends ton point de vue... moi j'ai été fascinée, cela fait longtemps que je n'avais spas lu de texte où la nature prend une telle place...


Yv 12/06/2008 20:32

Même si à mon goût, le livre manque d'un lien qui en ferait un excellent livre, rien que pour nombre de passages merveilleusement écrits, il vaut le détour !

Flora 12/06/2008 22:36



c'est aussi ce que j'ai ressenti : une belle plume, de beaux sentiments... l'idée que nous sommes petits dans la nature, à sa merci...