Le restaurant de l'amour retrouvé, quel régal !

Publié le par Flora

Avec un tel titre, comment résister à l’envie de découvrir ce roman qui donne l’eau à la bouche ? En tout cas, personnellement j’ai craqué pour ce livre troublant car parsemé de fantaisie et passionnant par la poésie qui s’en dégage.

Tout d’abord, le début nous plonge en plein marasme : une jeune femme raconte qu’un jour, en rentrant dans son « nid d’amour », elle découvre son appartement vidé de fond en comble par son petit ami, envolé avec leurs économies. Il ne lui reste qu’à refermer la porte et rendre les clés au propriétaire.

Heureusement, la jarre de saumure, souvenir de sa grand-mère, qu’elle cachait du jour pour une meilleure conservation, a résisté au désastre. Armée de cette jarre, presque sans réfléchir, elle retourne comme une ombre chez sa mère avec qui elle est en froid depuis quelques années. Si le récit est à la première personne, le ton n’est pas larmoyant même si on sent toute la souffrance de ce personnage féminin qui trouve la force d’avancer, de fuir ce coup du sort en prenant « le car pour mon village natal, où je n’avais pas remis les pieds depuis que je l’avais quitté au printemps de mes quinze ans. Il a démarré tout de suite et nous a emportés, ma jarre de saumure, mon panier et moi ».

La suite du roman est aux petits oignons même si Rinco, car c’est son nom, a perdu l’usage de sa voix. Ayant de fortes accointances avec le monde culinaire, elle décide d’ouvrir un restaurant. Elle en a les capacités car auparavant, elle travaillait dans un restaurant turc. Et sa grand-mère maternelle l’a initiée à de nombreux plats typiques du Japon. Mais en arrivant chez sa mère, elle se heurte à l’indifférence de celle-ci qui ne l’aide pas beaucoup. Elle doit même s’occuper de la truie domestiquée, prénommée Hermès, dont sa mère s’est amourachée ! Finalement, sa mère lui prête un local pour y installer son restaurant.

« Cuisiner était, dans mon existence, comme un arc-en-ciel fragile qui flotterait dans la pénombre. »

Evidemment, la suite parle de cuisine, de l’association des mets, de bons produits, épices, plantes que Rinco va débusquer dans la campagne, à la recherche du meilleur. Si Rinco a l’étoffe d’un grand chef, elle apparaît également comme une magicienne, qui transforme ce qu’elle cuisine en mets capables de réveiller des êtres éteints par le chagrin. En cuisinant, elle (se) répare, se reconstruit, élabore une sorte de philosophie purificatrice qui agit directement sur les clients du restaurant au point qu’une réputation de magie s’empare des lieux…

Tout au long de ma lecture, j’ai ressenti de l’apaisement au fil des aventures de Rinco. Et si certaines situations du livre peuvent paraître loufoques, irréelles, grossières ou naïves, cela ne m’a pas gênée, j’ai accepté ces « défauts » car ils étaient mineurs par rapport au bien-être procuré. Le restaurant de l’amour retrouvé est un sacré roman, surprenant, bienfaisant, un régal ! Ne vous en privez pas !

Le restaurant de l’amour retrouvé, de OGAWA Ito, roman traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, éditions Philippe Picquier, 256 pages

Le restaurant de l'amour retrouvé, quel régal ! Le restaurant de l'amour retrouvé, quel régal !

Commenter cet article