Paco les mains rouges : une BD dans l'enfer de la tentiaire

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Voici une BD intéressante à double titre : par l'aspect historique des faits racontés et par le traitement artistique de ces données.

La première planche un peu mystérieuse présente la scène d'un meurtre : un homme gît dans la neige mais aucune explication n'est donnée (peut-être dans le tome 2 aurons-nous quelques éclaircissements). Deuxième planche, changement de décor : des forçats se préparent à émigrer, direction la tentiaire (prison) de Guyane, dans les années trente, en France. Parmi ces hommes, Patrick, qui se fera bientôt appeler Paco, le narrateur de l'histoire, qui raconte ses impressions d'alors en s'adressant à quelqu'un, une femme semble-t-il, mais nous ne savons pas précisément qui est cette personne. Pour lui, ce nouveau départ dans sa vie survient car il a été condamné à la perpétuité en Guyane, en lieu et place de la guillotine. Son histoire personnelle demeure floue et d'ailleurs la BD se focalise sur ce personnage à cet instant où il embarque avec tant d'autres vers l'Afrique. Tout ce que nous savons, c'est son ancienne profession : il était instit, « en quelque sorte un notable à l'époque ».

A bord, il rencontre Armand, de la race des « joyeux », c'est-à-dire « des types qui avaient eu tout faux depuis l'enfance » qui passe pratiquement toute la traversée à tatouer Paco, notamment d'un squelette armé d'une faux, pour signifier sa chance d'avoir échappé à la mort. Paco appartient lui à la race des « fagots », un niveau intermédiaire entre les « pieds-de-biche » et les « premiers-paris », ceux qui ont eu les honneurs de la presse...

Dès son arrivée, il est violé. En tuant un de ses agresseurs, il se fait respecter et se fait appeler « Paco les mains rouges ». Il doit désormais décoder les règles de vie des bagnards et se débrouiller pour survivre, la durée de vie d'un fagot en Guyane égalant cinq années... Et lorsqu'un prisonnier avait fini sa peine, « il devait rester la même durée en Guyane sans pouvoir revenir en France ». Paco survit donc au milieu des combines, des maladies, des camps forestiers. Et découvre l'amour avec Armand, qu'il retrouve à l’hôpital...

Sur ce canevas historique, cette BD ne nous cache rien des horreurs du bagne à cette époque. On sent que les auteurs se sont bien documentés mais ce n'est pas une BD historique. Le scénariste, Fabien Vehlmann, est doué pour raconter l'itinéraire de ce type que rien ne prédestinait à survivre au bagne, ni à tomber amoureux d'un homme, lui qui avait une fiancée. Heureusement, les dessins apportent un peu de douceur à cette histoire dure et noire. Les traits d'Eric Sagot, presque enfantins, rendent les personnages plus humains : leurs yeux ronds, leurs visages carrés, certaines de leurs expressions douces contrastent avec ce qu'ils peuvent ou doivent endurer. Les couleurs sépia renforcent ces impressions, comme pour atténuer le climat sombre qui sous-tend toute la narration.

Je ne dirais pas que j'attends le deuxième tome (intitulé « les îles ») avec impatience mais je le lirais avec grand plaisir, mêlé d'un peu d'effroi et de sueurs froides, pour percer les quelques mystères que Paco distille dans ce premier tome très réussi.

Paco les mains rouges tome 1, de Vehlmann et Sagot, tome 1 : la grande terre, paru chez Dargaud, 56 pages, cahier graphique, 15,99 euros

Sur le site de Dargaud, les premières planches : bonnes lectures !

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