Pour les femmes : récits des amours d’un américain poète

Publié le par Flora

Dans ce petit livre merveilleux, intitulé Pour les femmes (tout un programme), l’américain Thomas Rain Crowe met en scène un homme qui se remémore ses amours passées , à désirer une délicieuse religieuse avant de croiser une jolie femme espionne de la CIA. Par la suite, ses fantasmes se concentrent sur une troublante actrice, suivie d’une danseuse voyageuse. Lorsqu’il revoit une jeune fille de son lycée, son premier grand amour, ce sera l’occasion d’un drôle de retour en arrière. Et pour finir cette carte du tendre mouvementée, le narrateur de ces histoires retrouve sa tendre cousine Bennie, l’élue de son cœur.

Toutes ces femmes ont charmé l’auteur au point qu’il leur consacre à chacune un chapitre, sous-titré par le prénom de l’héroïne : « péché cardinal », « l’homme masqué », « infiltrée », « apprendre à danser : la photographie », « le secret », « les premières fois ». Autant de récits non pas croustillants mais étonnants, par le style et l’esprit de celui qui écrit (et je n’oublie pas le traducteur qui participe aussi à la réussite de ce bouquin).

Malheureusement pour l’auteur (mais heureusement pour le lecteur qui se régale de ces récits bien écrits), ces amours se fanent pour diverses raisons. Non pas que Thomas Rain Crowe est un séducteur invétéré, un Don Juan qui abandonne ses conquêtes une fois conquises. Non, il s’agit plutôt de rencontres que le hasard place sur son chemin, qui correspondent à des périodes de sa vie. Ainsi, au début, le narrateur se retrouve à Grenoble, jardinier dans un couvent. Plus tard, il devient ouvrier agricole en Californie avant d’être poète beatnik à San Francisco, chauffeur de bus dans le Sud des États-Unis…

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la beauté des phrases, le rythme qui ressort de ces quelques pages, et ce n’est pas étonnant que l’auteur soit présenté comme un « poète, traducteur et éditeur américain ». En témoigne la première phrase du roman : « Je me demande toujours pourquoi, parmi toutes les femmes de France je suis tombé amoureux d’une bonne sœur ».

A partir d’une telle phrase, tout peut arriver… Mais ne vous fiez pas aux apparences : rien de grivois dans ces textes au langage pur, juste des histoires d’amour originales, qui s’éteignent doucement, presque sans douleur, dans la lucidité éclairée de celui qui les vit (et qui les écrit, longtemps après…).

La maison d’édition qui édite ces textes surprenants et magnifiques est peu connue et pourtant elle pourrait à elle seule en remontrer à tant de « grandes » institutions ! Bravo donc aux Forges de Vulcain d’éditer de telles merveilles.

Marie-Florence Gaultier

Pour les femmes, de Thomas Rain Crowe, traduit de l’américain par Antoine Bargel, aux Forges de Vulcain, 2011, 103 pages, 12,90 euros

« Je me demande toujours pourquoi, parmi toutes les femmes de France, je suis tombé amoureux d’une bonne sœur. À l’époque, j’avais trouvé un boulot de jardinier dans un couvent près de Grenoble. J’avais décidé de quitter Paris, faute d’y avoir trouvé d’autres poètes ou un emploi rémunéré. Paris, en 1972, était encore plein de fantômes littéraires, d’une architecture exaltante et de femmes splendides, mais aucune de ces beautés locales n’était pourvue de l’héritage approprié aux besoins d’un Américain bohème, post-beatnik et candidat à l’expatriation, fraîchement descendu des montagnes de Caroline du Nord. »

Pour les femmes : récits des amours d’un américain poète

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